//Infirmière en pratique avancée : un « plus » pour la pratique du médecin traitant

« Il n’est plus temps de prendre des postures »… Luc Duquesnel défend le concept de l’infirmière en pratique avancée, dont un avant-projet de décret vient d’être soumis aux syndicats. Regrettant la forme – une consultation embryonnaire des représentants de la profession – le Président des Généralistes de la CSMF estime que les médecins généralistes ont besoin de cette innovation, tout particulièrement dans les régions où la démographie médicale pénalise l’offre de soins.

 

Agnès Buzyn l’avait annoncé il y a quelques mois, à l’occasion d’une interview sur Egora.fr, « Le temps médical sera d’autant plus précieux que la situation sera tendue sur le plan démographique » avait-elle rappelé, en annonçant la mise en place prochaine des pratiques avancées, notamment pour les infirmières. « Dans ce contexte, les pratiques avancées représentent une démarche porteuse d’un important potentiel, pour libérer du temps médical. Mais, également pour améliorer la prise en charge des patients comme pour offrir de nouvelles perspectives d’évolution de carrière à certains infirmiers », avait-elle ajouté. Or, nous y voilà, avec un avant-projet de décret issu de la loi de Santé, soumis très récemment aux syndicats par le ministère de la Santé, construit après une concertation d’un an et demi menée de manière exclusive entre le ministère et les ordres des médecins et des infirmiers. Sans les syndicats.

On y apprend notamment que l’infirmière en pratiques avancées (IPA) exercera au sein d’une équipe de soins primaires « coordonnée par le médecin traitant », au sein d’une équipe de soins en établissement ou « en assistance d’un médecin spécialiste » en ambulatoire (lire en encadré, le détail du champ d’intervention de l’IPA).

Le moins que l’on puisse dire c’est que cet avant-projet a reçu un accueil plus que mitigé. Au point que le Président de la CSMF, Jean-Paul Ortiz, a demandé un moratoire face à la grogne qui monte dans le corps médical, quand bien même le concept n’est pas remis fondamentalement en question. D’ailleurs, Luc Duquesnel, président des Généralistes de la CSMF, défend vigoureusement le principe de l’IPA.

« Pour les médecins généralistes, les infirmières en pratique avancée sont un des moyens indispensables permettant de répondre aux besoins de santé de la population là où des problèmes de démographie médicale entraînent des difficultés d’accès aux soins. Des problématiques qui vont augmenter dans les dix à quinze ans à venir. Mais l’exercice de ces IPA ne doit pas se limiter à ces zones. A terme, elles doivent pouvoir exercer là où toutes les équipes de soins primaires le souhaiteront ». Il précise bien que cette solution n’est pas la seule et qu’il faut aussi compter sur les assistants médicaux, les réorganisations territoriales, etc.

Mais cette évolution provoque des craintes, entre autres parmi les médecins généralistes. « Sur le terrain, j’ai entendu des confrères redouter que pour devenir médecin, il n’y aurait plus besoin de faire médecine. Ou encore que le médecin serait « déshabillé, dépecé » relate le Président des Généralistes de la Conf’. Je pense qu’il faut aller au-delà de toutes ces peurs et qu’on n’est plus à l’époque où on descendait dans la rue pour s’opposer à la vaccination de la grippe par le pharmacien, ce temps-là est révolu. La population attend autre chose de nous », ajoute-t-il.

Regrettant la forme prise par la concertation dont les syndicats de médecins et d’infirmiers ont été exclus, Luc Duquesnel défend ce concept qui manque à la profession. « Nous avons besoin de ce décret et de ces arrêtés, et il faut en corriger les imperfections ». Ses demandes : l’introduction du mot protocole pour définir le cadre dans lequel doit s’inscrire l’exercice des IPA et la révision de la liste des examens qu’une IPA peut interpréter.

« Je ne pense pas qu’il soit dans l’intention des médecins ou même des infirmières d’avoir des infirmières en pratique avancée en totale autonomie, sans référentiels, sans protocoles, sans rien », relève-t-il. Or, cette demande de protocole, importante parmi les médecins, a suscité une levée de bouclier des infirmières… « Je crois qu’il y a une incompréhension autour d’un mot, décrypte le généraliste de Mayenne. Un protocole ne consiste pas à cocher une check-list pour savoir si on a fait ou on n’a pas fait. La mise en place d’un protocole par une équipe de soins primaires fait référence à des procédures d’organisation, des référentiels HAS et, à partir de là, devient indispensable. Le protocole n’est pas imposé par un médecin à une infirmière, il est partagé entre eux deux ».

Confiant malgré tout dans l’évolution du dossier, Luc Duquesnel se veut rassurant : « il n’y aura pas de patient pris en charge par une infirmière en pratique avancée si son médecin traitant y est opposé », atteste-t-il.

En outre, l’IPA sera « un plus », une aide permettant d’aller au-delà des tâches assumées aujourd’hui. « Au travers des données qui seront saisies dans nos ordinateurs, l’infirmière en pratique avancée pourra faire des suivis de patientèle, de la population d’un territoire, pour des actions de prévention. Autant de tâches que l’on ne fait pas, soit parce qu’on n’a pas le temps soit parce que l’on n’a pas les moyens », développe-t-il. Le généraliste affirme son credo : Les enjeux sont tels parmi la population, pour les milliers de Français qui n’ont pas de médecin traitant, qu’il faut arrêter de prendre des postures. La responsabilité de chacun est de sortir de cela » conclut-il.

 

Le champ d’intervention de l’IPA

Selon les projets de textes réglementaires, l’IPA exercera au sein d’une équipe de soins primaires « coordonnée par le médecin traitant », au sein d’une équipe de soins en établissement ou « en assistance d’un médecin spécialiste » en ambulatoire. L’IPA « participe » à la prise en charge du patient au sein du « parcours de soins » « dont la conduite diagnostique et les choix thérapeutiques sont définis par le médecin ».

Ses « domaines d’intervention » : les « pathologies chroniques stabilisées, notamment pour la prise en charge des personnes âgées » (AVC, artériopathie chronique, cardiopathie maladies coronaires, diabètes de type 1 et 2, insuffisance respiratoire chronique, maladie d’Alzheimer et autres démences, maladie de Parkinson, épilepsie), oncologie, transplantation rénale, santé mentale et psychiatrie.

Ses activités : orientation, éducation, prévention et dépistage ; coordination des parcours ; évaluation et conclusion cliniques.

Dans le cadre du suivi des patients, l’IPA sera habilitée à « conduire un entretien avec le patient », « réaliser une anamnèse de sa situation » et à « procéder à un examen clinique ». Elle pourra réaliser « sans prescription médicale » les actes techniques nécessaires (prélèvements sanguins, pose de sonde vésicales…), prescrire des examens complémentaires (examens de biologie médicale, radio, ECG…) et interpréter les résultats, renouveler ou adapter des prescriptions médicales en cours, prescrire des dispositifs médicaux et/ou des médicaments non soumis à prescription médicale obligatoire. Un arrêté, « pris après avis de l’Académie de médecine », établira la liste des actes et examens en question.

Le médecin « détermine » pour chaque domaine d’intervention les patients auxquels sera proposé un suivi par IPA, et reprend la main si cette dernière « repère une dégradation de l’état de santé du patient ou une situation dont la prise en charge dépasse son champ de compétence ». A charge pour lui également d’informer le patient (qui pourra refuser) de ce suivi particulier.

Le projet de décret précise enfin que l’IPA « contribue à l’analyse et à l’évaluation des pratiques professionnelles » et « est responsable des actes qu’il réalise dans ce cadre ».

2018-03-27T11:57:31+00:00 27 mars 2018|EGORA news|2 Comments

2 Comments

  1. AirGiAime 27 mars 2018 at 14 h 11 min - Reply

    Une fois de plus la technocratie énarchique fait n’importe quoi.
    J’ai besoin d’aide en tant que MG; ce n’est pas avec une IPA dans un cabinet de l’autre coté de la rue que les choses vont avancer.
    Le nombre moyen de problèmes pris en charge dans une consultation de MG en France est de 2,1. Il augmente avec l’âge pour atteindre 4 au-delà de 60 ans; donc l’IPA spécialisée « mono-maladie » sera obligé de renvoyer vers le MG dans l’immense majorité des cas. D’où double consultations pour le patient, sans compter la perte de temps en conciliabule téléphonique ou physique entre médecin et IPA.
    Il faut mettre les infirmier(es) dans le cabinet et à coté du médecin généraliste. En équipe le médecin fera de la médecine et l’Infirmier(e) fera le reste.
    D’ou une multiplication du temps médical, pour faire face à la pénurie. Eh oui, il y aura un lien de subordination des infirmier(es). N’est-ce pas le cas partout: à l’hôpital dans les cliniques, en spécialité d’organe etc…
    Plutôt que prévoir des budgets pour IPA, attribuons les aux généralistes à usage d’embauche d’Infirmier(es)Présent(es)A coté des médecins !

    • N Sanchez 29 mars 2018 at 12 h 59 min - Reply

      Merci pour cet article.

      L’infirmier fera le reste … le café, les dossiers, la saisie informatique, la secrétaire, … . Commentaire méprisant ou du moins très maladroit qui néglige et méconnais les compétences des infirmiers.
      Pourquoi ne pas accepter comme dans de nombreux pays que la médecine (avec un grand M) n’est pas exercé exclusivement par des médecins. Les praticiens de sante exercent la médecine en fonction de leurs formations et de leurs compétences respectives.
      Cordialement,

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