//Pousse-toi de là que je m’y mette : quand l’hôpital bouscule les libéraux

Appelés à la rescousse par la mairie, plébiscités par les patients, les six spécialistes du CH de Roubaix (Nord) qui consultent à tour de rôle dans l’ancien cabinet d’un généraliste de Wasquehal n’ont pas été accueillis à bras ouverts par leurs confrères libéraux. Pour l’URPS, notamment, ces consultations avancées de l’hôpital font concurrence aux très nombreux spécialistes installés dans une agglomération à mille lieux du désert.

 

Ils sont urologues, chirurgien esthétique, diabétologue ou néphrologue. Arrivés tout droit du Centre hospitalier de Roubaix, ils sont installés depuis octobre dans le cabinet d’un médecin généraliste parti à la retraite, situé en plein centre-ville de Wasquehal à une petite dizaine de kilomètres du vaisseau-mère. Leur mission : renforcer l’accès aux soins des 21 000 habitants de la commune, bien pourvue en généralistes (14) mais qui ne compte en tout et pour tout que 4 médecins spécialistes (dermatologue, pédiatre, ophtalmologue, psychiatre). Et, accessoirement, soutenir l’activité de l’hôpital.

 

« On l’a accueilli assez mal »

A priori, tout le monde est content. Tout le monde, sauf l’URPS médecins libéraux des Hauts-de-France, qui crie aux envahisseurs. « Le cabinet a ouvert sans qu’on le sache, je l’ai appris par un article de La Voix du Nord, attaque le Dr Philippe Chazelle, son président. On l’a accueilli assez mal. »

Et pour cause : située en pleine agglomération Lille-Roubaix-Tourcoing, Wasquehal n’a rien d’un désert médical, « quoi qu’en dise son maire », s’insurge le stomatologue. « Si on regarde dans un rayon de 3-4 km autour, il y a plusieurs centaines de spécialistes installés qui couvrent toutes les spécialités et il y a des établissements publics et privés tout autour. Lille est à 7-8 minutes en voiture, si ça roule bien. »

Et le Dr Chazelle de pointer les doublons du nouveau cabinet : « des urologues, des néphrologues, tout ça c’est parfaitement couvert. Des endocrinologues, des diabétologues, il y en a à la Maison du diabète, à 3 km ». Si ces spécialistes ne se sont pas installés à Wasquehal même, c’est peut-être parce l’immobilier y est trop cher, avance le président de l’URPS, glissant au passage que la commune est classée 5e au niveau national en termes de patrimoine moyen déclaré, devant Paris et Cannes. Dans cette zone où le nombre d’ISF au m2 est au plus haut, seule la consultation de chirurgie esthétique apparaît « adaptée » au Dr Chazelle.

« Nous, URPS, travaillons avec l’ARS pour essayer de couvrir toutes les zones défavorisées aussi bien en généralistes qu’en spécialistes. On a des médecins lillois qui ouvrent des cabinets secondaires dans des zones où il n’y a personne, et pendant ce temps-là l’hôpital vient ouvrir des consultations secondaires dans des zones où il y a beaucoup de monde, ce n’est pas très rationnel », s’insurge le président de l’URPS.

 

« L’hôpital fait de la retape, c’est tout »

Une « concurrence » pour les spécialistes, qui plus est déloyale, juge-t-il : l’hôpital a installé son cabinet « sans demander d’autorisation à personne, alors que si un médecin libéral voulait le faire, il demanderait l’autorisation à l’Ordre et dans la mesure où il y a une couverture très largement suffisante, cette autorisation ne serait pas accordée. » Pour le président de l’URPS, l’amélioration de l’offre de soins cache en fait un motif moins louable : « l’hôpital fait de la retape, c’est tout ».

Oui, le cabinet de Wasquehal, comme celui de Maubeuge, « répond à un besoin de consulter plus », reconnaît le Dr François Pecoux, l’un des trois urologues du CH de Roubaix qui y a pris ses quartiers. Et « ça marche très bien » : début novembre, moins d’un mois après l’ouverture, près de 100 patients s’étaient déjà inscrits via la plateforme de prise de rendez-vous en ligne. « S’il n’y avait pas de besoins, nos agendas ne seraient pas pleins, rétorque l’urologue, qui se targue néanmoins de pouvoir offrir des disponibilités à J-7. Les patients sont libres de choisir entre public et privé, insiste-t-il. Nous, on cherche juste à étoffer l’offre au niveau du GHT, en tout cas pour ce qui est de l’urologie publique. »

Une demi-journée par semaine donc, le praticien hospitalier reçoit en consultation des patients qui, pour certains, « ne seraient jamais venus à l’hôpital parce que ça leur fait peur », assure le Dr Pecoux. Si besoin est, ils sont néanmoins dirigés vers le CH de Roubaix pour les examens complémentaires et interventions. A l’inverse, « il y a des patients que je suivais à Roubaix qui ont pris rendez-vous à Wasquehal, parce que c’est plus simple pour eux », relève le Dr Pecoux.

 

« Faire de l’ombre au privé »

Les six praticiens trouvent également leur compte dans cette volonté de « sortir l’hôpital de ses murs ». « Ça nous permet de consulter dans un autre cadre, de souffler un peu en dehors de l’hôpital qui est pris dans les restrictions budgétaires », témoigne ce chef de pôle, heureux d’échapper, le temps d’une matinée, à la « réunionite » ambiante. « Les consultations sont un peu plus light, c’est moins l’usine », confesse-t-il.

D’autres spécialistes pourraient rejoindre le cabinet de Wasquehal. « On est en discussion avec la chirurgie pédiatrique, la chirurgie vasculaire et la gynéco, développe le Dr Pecoux. L’orthopédie, on ne le souhaitait pas car il y a déjà une clinique équipée. Notre but n’était pas de faire de l’ombre au privé, mais de compléter l’offre », insiste-t-il.

« S’ils ont des gens qui ont du temps libre, qu’ils les envoient là on a le plus besoin d’eux. Il y a des endroits où il n’y a plus de spécialistes du tout, comme dans les Flandres », répond le président de l’URPS.

 

Source :
www.egora.fr
Auteurs : Aveline Marques

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2017-12-14T11:07:51+00:00 14 décembre 2017|EGORA news|0 Comments

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