Alors que le Président de la République, candidat à sa réélection, doit dévoiler ce jeudi son programme, Egora a remonté le temps pour dresser le bilan de son quinquennat en matière de santé. Suppression du numerus clausus, tiers-payant “généralisable”, réforme du financement des soins… Retour sur les mesures emblématiques du programme santé du candidat En Marche.
“On va faire du travail d’orfèvre.” Nous sommes en 2017 et Olivier Véran, qui est alors porte-parole santé de la campagne d’Emmanuel Macron, déroule sur Egora le programme santé du candidat En Marche, articulé autour de trois grands objectifs : conduire “la révolution de la prévention”, “accélérer la lutte contre les inégalités de santé” et rendre le système de santé “plus efficient”.
Si la crise du Covid a réduit à néant l’espoir de réaliser 15 milliards d’euros d’économies sur les dépenses de santé d’ici à 2022 et retardé les réformes de fond, notamment celle du financement des soins, Emmanuel Macron est néanmoins parvenu à tenir certaines de ses promesses les plus emblématiques, comme le remboursement à 100% des lunettes, prothèses auditives et dentaires, la suppression du numerus clausus ou encore le doublement des maisons de santé. Retour sur cinq années de réformes.



A l’inverse, Emmanuel Macron s’était engagé à rétablir le remboursement à 100% du traitement des formes sévères d’hypertension artérielle, retirées en 2011 (Roselyne Bachelot est à l’époque ministre de la Santé) de la liste des ALD. En 2017, la mesure faisait l’objet d’une “expertise indépendante”, dont les résultats seraient déterminants, nuance Emmanuel Macron dans son programme santé. L’HTA sévère isolée, qui d’après la HAS constitue “un facteur de risque et non une pathologie avérée”, n’a finalement pas été rétablie dans la liste des ALD. “Les traitements hypertenseurs qui sont prescrits dans le cadre d’une autre affection de longue durée comme le diabète ou une affection cardiovasculaire restent pris en charge comme tout traitement prescrit au titre de ces ALD exonérantes”, précise l’Assurance maladie sur son site.

En octobre 2017, l’Igas rend son verdict : la généralisation du tiers payant au 1er décembre est “irréaliste” du fait notamment de “freins techniques” sur la part des complémentaires. Le rapport recommande de “desserrer le calendrier de déploiement”. Le report est acté par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018. En coulisses, le Gouvernement tente de faire avancer le dossier avec les syndicats, la Cnam et les mutuelles, en établissant un nouveau calendrier de montée en charge du du dispositif : il sera opérationnel “au plus tard fin 2019”, s’avance Agnès Buzyn en avril 2018. La ministre de la Santé revient à la charge une dernière fois en octobre 2019… avant d’être accaparée par le Covid.
Le tiers payant a toutefois été rendu obligatoire sur les soins du 100% santé.



Le candidat s’était également engagé dans son programme à faire “évoluer la rémunération des médecins en ville afin de mieux valoriser les actions de prévention de la dépendance”. Un objectif auquel répond le dernier avenant (9) à la convention, qui finance à hauteur de 145 millions d’euros l’extension de la visite longue à tous les patients de plus de 80 ans en ALD, dans la limite de trois cotations par an et par patient.
Emmanuel Macron affichait par ailleurs sa volonté de faire évoluer la rémunération des médecins de ville afin de “valoriser les actions de prévention”. L’outil majeur qu’est la Rosp n’a toutefois pas été revu en conséquence durant le quinquennat.

Cette “réforme phare” du quinquennat est allée “au-delà des espérances” soulignait le récent bilan du ministère de la Santé. “Nous sommes en train d’éradiquer le renoncement aux soins pour raison financière“, se félicitait Olivier Véran en janvier dernier, précisant toutefois que la réforme coûtait plus cher que le milliard d’euros prévu à l’origine (financement Sécu et complémentaires).
Depuis l’entrée en vigueur de la réforme, dix millions de Français ont ainsi bénéficié de lunettes, de prothèses dentaires ou auditives du panier 100% santé, pris en charge à 100% par la Sécurité sociale et les complémentaires santé, dans le cadre des contrats responsables.
En audiologie, ce sont plus de 800.000 prothèses 100% santé qui ont été délivrées, soit 39% du total. Le nombre de patients équipés a augmenté de 77% de 2019 à 2021 d’après les chiffres du ministère. Un rapport Igas a toutefois relevé des “indices de sur-appareillage” que le Syndicat national des audioprothésistes impute notamment à des pratiques publicitaires agressives.
Dans le secteur dentaire, en moyenne sur les onze premiers mois de l’année 2021 (date d’entrée en vigueur du remboursement intégral), 55 % des actes prothétiques dentaires ont été réalisés sans reste à charge pour le patient. Plus de 6 millions de Français ont bénéficié du 100% Santé pour des soins dentaires depuis 2019.
Le ministère a toutefois reconnu une “montée en charge plus lente” dans le secteur de l’optique, où le panier 100% santé ne représentait que 17% des ventes en 2021, et où la réforme s’est accompagnée d’un abaissement du plafond de remboursement des montures (de 150 à 100 euros) par les complémentaires. Plus de 4 millions de Français ont toutefois bénéficié de la réforme depuis 2020.
Revers de la médaille : la montée des tarifs des complémentaires santé, malgré le bras de fer engagé par Emmanuel Macron et Agnès Buzyn. D’après un échange rapporté par l’ancienne ministre de la Santé dans le récent ouvrage du journaliste Daniel Rosenweg, Le livre (très noir) des mutuelles (Ed. Albin Michel), le Président aurait été jusqu’à brandir la menace d’une Grande Sécu face aux représentants du secteur. “Si vous ne jouez pas le jeu, tout sera public et tout passera par l’Assurance maladie“, aurait-il lancé. Un scenario exploré par le Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie, à la demande d’Olivier Véran (… ou d’Emmanuel Macron?), dans un récent rapport.

La mesure, non contraignante, a finalement été inscrite dans la loi “anti-gaspillage” votée en décembre 2019, avec l’objectif d’une entrée en vigueur au plus tard le 1er janvier 2022. Les textes d’application ont été publiés tout récemment, restreignant le dispositif aux antibiotiques. La nouvelle convention des pharmaciens, signée le 10 mars, prévoit un honoraire de dispensation fixé à 1 euro, dans la limite de 500 euros par an. La vente à l’unité n’est pour l’heure ni effective ni généralisée.

Des expérimentations sont lancées à la rentrée 2019, dans le cadre de l’article 51 (loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018) : paiement à l’épisode de soins pour la colectomie pour cancer, la prothèse totale de hanche et la prothèse totale de genou (27 établissements participant), incitation à la prise en charge partagée (Ipep) ou encore paiement en équipe de professionnels de santé en ville (Peps), qui remplace le paiement à l’acte par le paiement au forfait pour trois types de patientèles au choix (ensemble de la patientèle médecin traitant / plus de 65 ans / diabétiques). Dans le même temps, un décret met en place un paiement des établissements au forfait pour certaines pathologies chroniques (diabète et insuffisance rénale chronique pour commencer).
Le Ségur de la santé, à l’été 2020, a poursuivi les réformes de financement engagées par “Ma santé 2022” en introduisant des dotations populationnelles et une part de financement à la qualité pour les urgences (dès 2021), la psychiatrie (2022) le SSR (2023) et les futurs hôpitaux de proximité.
Dans le secteur médico-social, la réforme de la tarification et de la contractualisation engagée sous le précédent quinquennat a été poursuivie.

A l’été 2020, le Ségur de la santé a mis sur la table un montant historique de 19 milliards d’euros pour restaurer les capacités financières des hôpitaux (6.5 milliards), financer de nouveaux investissements dans les établissements de santé et en ville (9 milliards), moderniser les Ehpad (1.5 milliard), développer le numérique en santé (2 milliards…)… A cela s’ajoutent plus de 8 milliards d’euros de revalorisations salariales pour le personnel soignant des secteurs sanitaires et médico-sociaux.


Dénonçant le “tout structure”, les Libéraux de santé plébiscitent de leur côté le développement et le financement conventionnel du dispositif des Escap (équipes de soins coordonnées autour du patient).
Source :
www.egora.fr
Auteur : Aveline Marques
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