//Carabins victimes de sexisme : les chiffres qui choquent

Blagues graveleuses, remarques stigmatisantes… Neuf étudiants sur dix doivent faire face au sexisme quotidien au cours de leurs études médicales. C’est une enquête inédite consacrée au sexisme et au harcelèment sexuel de l’ISNI qui révèle ces chiffres édifiants, qui ne concernent d’ailleurs pas uniquement les femmes.

 

« Pour lutter contre le sexisme, il faut d’abord l’évaluer« , expliquait l’Intersyndicale nationale des Internes (Isni) en lançant, début septembre, un questionnaire en ligne. Près de 3 000 internes y ont répondu, dont 75% de femmes.

 

« Baisers dans le cou ou sur la bouche »

L’enquête s’est penchée sur le harcèlement sexuel et sur le sexisme quotidien. Les propos ou comportements à connotation sexuelle, dégrandants ou humilants, imposés de façon répétée concernent, tel qu’est défini le harcèlement sexuel, concernent près d’un étudiant sur dix. Près de 7% des internes interrogés se déclarent ainsi victimes de ce délit. A cela s’ajoutent encore 2% de répondants qui indiquent avoir subi fréquemment ou très fréquemment des gestes déplacés sans nommer le harcèlement.

Parmi les « types de harcèlement » définis par l’Isni, la moitié correspond à des « gestes non désirés » (toucher le cou, les cheveux, les mollets, massage des épaules), 15% à des « contacts physiques non désirés » (toucher les seins ou les fesses, baisers dans le cou ou sur la bouche), 14% à « des demandes insistantes de relation sexuelle », 12% à un « chantage à connotation sexuelle » et 9% « à des simulations d’actes sexuels ».

 

Médecins et supérieurs hiérarchiques

Dans près de la moitié des cas (48%), ces agissement sont imputés aux médecins et supérieurs hiérarchiques, devant les confrères sans supériorité hiérarchique (28%), le personnel soignant (15%), les patients ou leur famille (9%).

Malgré le fait que le harcèlement soit punissable par la loi, une procédure juridique n’a été initiée que dans 0,15% des cas.

 

7% des hommes

Encore plus généralisé, le « sexisme quotidien » touche près de 90% des étudiants. La moitié (47%) s’en déclare « victime » –  61% des femmes contre 7% des hommes. Mais il faut ajouter 39% de sondés qui reconnaissent subir du sexisme au quotidien sans s’en déclarer victime. Là encore, les « auteurs de ces agissements » se retrouvent majoritairement (37%) chez les médecins et supérieurs hiérarchiques, devant le personnel soignant (33%), les confrères (16%) et les patients (14%).

[Avec AFP]

 

Trois questions au Dr Alizée Porto, chirurgienne, vice-présidente de l’Isni déléguée aux droits des femmes

Egora.fr : Pourquoi l’Isni s’est-elle lancée dans cette étude ?

Il n’y a pas eu d’événement déclencheur. Au sein du syndicat, nous travaillons sur les conditions de travail des internes, on parle beaucoup de surcharge de travail, d’horaires difficiles, de suicide… mais finalement on ne parle pas de discriminations. On estime que le sexisme est une discrimination dont il faut parler et que travailler dessus permettrait d’améliorer les conditions de travail.

D’un point de vue personnel, même si je ne me considère pas comme une victime, j’ai fait dix ans d’études dans le milieu médical, j’ai passé beaucoup de temps au bloc en tant qu’interne de chirurgie et j’ai été témoin de beaucoup de sexisme au quotidien.

Quels sont les faits marquants de l’étude ?

Le sexisme dans les études médicales relève davantage du sexisme ordinaire, quotidien, que du harcèlement sexuel. On a 8.6% de personnes victimes de harcèlement, dont une partie ne se déclare pas victime. Ce sont des personnes qui ont subi de manière répétée des gestes déplacés, non désirés, des demandes insistantes, qui ont des critères qui finalement correspondent au harcèlement sexuel mais qui ne s’estiment pas harcelées. Pour nous, c’est assez révélateur du tabou qui règne dans les études, dans le monde médical, et plus largement dans la société.

Même les personnes qui subissent du sexisme quotidien ne le considèrent pas comme du sexisme. On l’accepte sous couvert de l’humour. Dans l’espace dédié aux commentaires libres, elles disaient : « on m’a fait des remarques, des blagues sexistes mais je le prends bien, c’est de l’humour ». Mais ce discours, on le connaissait déjà.

Ce qui m’a le plus marquée dans les commentaires, c’est le « problème » de la grossesse. C’est impressionnant, on ne pensait pas avoir ces résultats. Les femmes qui ont témoigné considèrent qu’elles ont été victimes de sexisme quand elles ont annoncé à leur service qu’elles étaient enceintes. On n’avait pas posé la question de la grossesse pendant les études mais c’est un vrai sujet.

Lire aussi : Etudiante et enceinte : à l’hôpital, c’est marche ou crève

Dans votre étude, vous abordez aussi le sexisme de la part des patients…

On a demandé si quand les étudiants rentraient dans la chambre d’un patient, on les considérait comme un infirmier ou une infirmière. Quand ils étaient externes, puis quand ils étaient internes. Dans les deux cas, les réponses montrent une différence claire entre hommes et femmes : 7% pour les hommes et 60% pour les femmes. Ce n’est pas la jeunesse qui joue, c’est vraiment le fait d’être une femme.

 

Source :
www.egora.fr
Auteurs : Catherine Le Borgne

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2017-11-17T18:33:21+00:00 17 novembre 2017|EGORA news|0 Comments

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