Nouvelle proposition de loi Garot, projet de loi de financement de la Sécurité sociale, nouvelle campagne MSO-MSAP… Autant de dossiers qui suscitent l’inquiétude des médecins généralistes libéraux en cette fin octobre. Alors que la profession regagne en attractivité, il ne faudrait pas compromettre la dynamique engagée en multipliant les mesures contraignantes, martèle le président des Généralistes-CSMF, le Dr Luc Duquesnel.
Le député Guillaume Garot a déposé, le 6 octobre, une nouvelle proposition de loi afin d’imposer aux généralistes libéraux d’avoir au moins 30 % de patients médecins traitants. Comment avez-vous accueilli cette proposition ?
Nous avons l’impression qu’elle a été formulée pour faire de nouveau parler de M. Garot, grand défenseur de la régulation de l’installation, et de son groupe transpartisan. Ce n’est absolument pas le moment, à mon avis… Nous constatons, en effet, que les tendances s’inversent : la médecine libérale regagne en attractivité. Or, M. Garot la stigmatise à nouveau, puisque sa proposition de loi ne cible pas les médecins généralistes salariés.
Les dernières données de l’Observatoire de l’accès aux soins montrent que le nombre d’installations de généralistes augmente (+ 22,8 % sur un an), en particulier dans les zones sous-dotées (+ 28,5 %). Nous allons par ailleurs accueillir dans les tout prochains jours les premiers docteurs juniors de médecine générale. Arrêtons d’envoyer des signaux négatifs à ceux qui s’intéressent au métier de médecin de famille, de médecin traitant libéral.
La Cour des comptes formulait une mesure similaire dans un rapport consacré au dispositif médecin traitant présenté fin septembre. Ce rapport révèle que le nombre de médecins traitants s’est légèrement érodé (- 4 %) entre 2016 et 2023…
Le rapport de la Cour des comptes a enfin permis d’y voir un peu plus clair. Depuis des années, nous appelons à ne pas confondre « médecins généralistes » et « médecins traitants ». Le rapport de la Cour des comptes établit que sur 100 000 généralistes, seule la moitié exerce en tant que médecin traitant. 32 000 exercent à l’hôpital, 10 000 sont remplaçants et 8 500 font autre chose – ils exercent dans des centres de soins non programmés, travaillent pour des plateformes de téléconsultation, font de la médecine esthétique, etc.
Si le nombre de médecins traitants a diminué de 4 %, la patientèle moyenne MT, elle, a augmenté de 23 %. Cela montre que les médecins traitants sont conscients des problématiques d’accès aux soins sur le terrain et s’engagent.
Quand M. Garot affirme que le Pays basque est une zone surdotée, certes, mais elle est « surdotée » en médecins généralistes, mais pas en médecins traitants… Nous n’allons pas imposer à des praticiens qui ne font plus de médecine générale depuis vingt ou trente ans d’en faire aujourd’hui… Continuons plutôt à travailler pour rendre le métier de médecin de famille plus attractif.
Mi-octobre, l’Assurance maladie a annoncé le lancement d’une nouvelle campagne MSO-MSAP ciblant 650 médecins généralistes « surprescripteurs » d’arrêts de travail. La méthode de ciblage a-t-elle été améliorée, comme Stéphanie Rist s’y était engagée ? Quel est le climat ambiant ?
Très clairement, il n’y a aucune confiance entre la Cnam et les syndicats de médecins libéraux. L’Assurance maladie soutient que ces procédures permettent de réduire les indemnités journalières. Mais cela ne signifie pas que les médecins concernés par une MSO ou une MSAP ont modifié leurs prescriptions d’arrêt de travail ! Bien souvent, une solution finit par être trouvée, trop tardivement certes, pour les patients en arrêt de longue durée (mise en invalidité, rupture conventionnelle, licenciement pour inaptitude au poste…). Cela ne veut en aucun cas dire que le médecin traitant avait la main « trop lourde ». Or, refusant de fournir ces données, la Cnam démontre qu’elle n’a pour objectif que de jeter l’opprobre sur les médecins de famille.
Ces procédures sont traumatisantes pour les médecins concernés, qui ont, le plus souvent, dans leur patientèle 5 à 15 patients en arrêt de longue durée. Nous pourrions imaginer, en début de procédure, une rencontre entre le médecin prescripteur et le médecin-conseil sur ces dossiers compliqués. Mais le directeur général de la Cnam, Thomas Fatôme, a balayé cette possibilité. Il y a une volonté politique d’afficher, au travers de cette campagne, que l’on va sanctionner ces vilains médecins de famille qui passent leur temps à faire des arrêts. Nous allons donc les défendre.
La Cnam ne prend pas en compte la réalité de notre métier. Parce qu’en effet, il y a des patients que nous maintenons en arrêt quand il n’y a pas de solution. Une personne qui démissionne de son emploi perd certains droits. En tant que médecins de famille, nous ne pouvons nous affranchir de ces situations…
Autre sujet d’actualité : le budget de la Sécurité sociale pour 2027, qui doit prochainement être examiné au Sénat après avoir été rejeté en première lecture par les députés. Ce texte inscrit dans le droit commun la « mission de solidarité territoriale » des médecins. Ce dispositif peut-il réellement améliorer l’accès aux soins dans les territoires sous-dotés ?
Il s’agit de la reprise de la reprise de la proposition de François Bayrou et de son ministre de la Santé Yannick Neuder en 2025. Cette mesure n’est pas la solution idéale, c’est un peu un pis-aller. Exercer en dehors de son lieu de travail habituel suppose de disposer d’un local équipé, d’un ordinateur, d’un agenda, d’un secrétariat, etc. Lors de la phase pilote en 2025, nous avons bien vu les difficultés que cela engendre. Aussi en termes de suivi des patients et de qualité des soins. Quand un médecin traitant vient un à deux jours dans un désert, prescrit des examens complémentaires à un patient, puis retourne dans son cabinet à 100 km de là, qui va prendre en charge le patient par la suite, assurer le suivi des examens demandés ? Tout cela nécessite une organisation sur le terrain. Il ne suffit pas d’afficher qu’il y aura de la lumière dans un cabinet médical, il faut s’assurer qu’il n’y aura pas de perte de chance pour le patient.
Nous espérons que l’arrivée des docteurs juniors permettra d’améliorer l’accès aux soins dans ces territoires et de susciter des installations.
À une semaine de la mise en place de la quatrième année de médecine générale, des inquiétudes persistent-elles ?
Nous sommes préoccupés par les circuits financiers mis en place par le ministère, sous la pression de la Conférence des doyens et de la Fédération hospitalière de France (FHF) et qui sont une véritable usine à gaz. Personne d’autre n’aurait pu imaginer plus complexe ! Des praticiens agréés maîtres de stage des universités pourront se partager un même docteur junior (DJ). Mais à quel Pamsu sera reversée la part complémentaire liée aux consultations réalisées par le DJ, qui n’aura qu’une seule carte d’identification ? L’Assurance maladie sera-t-elle capable de savoir quelles consultations ont été faites au titre d’un Pamsu ou d’un autre Pamsu ?
Nous sommes également inquiets concernant la charge administrative que cela va représenter pour les médecins qui accueilleront des DJ. Jusqu’ici, les jeunes arrivaient comme remplaçants, c’était simple. Avec ce dispositif, nous avons énormément compliqué les choses. En tout cas, nous travaillons avec les collectivités pour leur offrir des lieux de vie qui leur donnent envie de rester. Nous allons les accueillir au mieux dans nos cabinets. Mais il y aura sans doute des plâtres à essuyer.