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EGORA – Pressions des laboratoires : “Si cela devait continuer, nous donnerons des noms”, prévient le président de la HAS

Après avoir dénoncé des pressions exercées par des industriels dans le cadre des évaluations de médicaments dans une tribune publiée par Les Echos, le président de la HAS, le Pr Lionel Collet, dénonce l’instrumentalisation par différents laboratoires d’un certain nombre de professionnels de santé et d’associations de patients. Dans un entretien accordé à L’Express, il prévient que si les pressions continuent, il donnera “des noms”. 

Sandy Bonin

Haute Autorité de santé @ HJBC / stock.adobe.com
@ HJBC / stock.adobe.com

Le 13 avril dernier, le Pr Lionel Collet, président de la Haute Autorité de santé, et plusieurs membres du Collège de la HAS* ont publié une tribune dans Les Echos pour dénoncer des “pressions sur des évaluations en cours, notamment de médicaments, orchestrées par certains industriels qui cherchent à fragiliser son indépendance et la qualité de ses avis scientifiques”.

Le président de la HAS revient à la charge dans un entretien accordé à L’ExpressIl y revient sur les affaires qui ont émaillé l’institution scientifique ces derniers mois, et dénonce l’instrumentalisation par différents laboratoires d’un certain nombre de professionnels de santé et d’associations de patients, voire de médias.

Lire aussi : Pressions sur l’évaluation des médicaments : la HAS tire la sonnette d’alarme

“Ce qui nous a fait réagir, c’est que ces pressions deviennent de plus en plus intenses, un peu comme si certaines digues avaient sauté. Nous avons à présent l’impression que, chez certains industriels, absolument tout peut être envisagé. J’insiste en revanche, je ne parle pas là de tous les industriels, mais bien de certains d’entre eux”, dénonce le Pr Collet.

“Nous n’avons jamais subi une seule pression de l’exécutif”

Il prend ainsi l’exemple d’un produit pour lequel un laboratoire envisageait récemment de demander une réévaluation. “Nous recevons alors un courrier d’une société savante, puis nous recevons un courrier d’une association de patients, un peu dans le même esprit. Cela crée une ambiance, une atmosphère autour de ce produit avant même que l’examen des données ait commencé.”

Certains s’adressent même “directement à l’exécutif”, s’insurge le président de la HAS qui nuance toutefois en affirmant qu’“en trois ans de présidence, nous n’avons jamais subi une seule pression de l’exécutif”. Il dénonce aussi “un industriel qui a cherché à entrer en contact direct avec les membres de la commission de la transparence. C’est un peu comme si un accusé cherchait à communiquer avec les jurés pendant un délibéré”.

Lionel Collet revient également sur un groupe “que j’avais eu en ligne à l’occasion d’un recours gracieux. Je lui avais expliqué que sa demande était en cours d’examen. Mais le soir même, il m’avait envoyé un courrier, ainsi qu’au Président de la République avec copie au ministre de la Santé pour se plaindre, je cite, des pratiques de la Haute Autorité de santé.” 

Lionel Collet ne cite pas encore les industriels concernés, mais il prévient : “Si cela devait continuer, nous donnerons des noms.” 

Le président de la HAS évoque, par ailleurs, les associations de patients financées par les “subventions d’industriels”. “C’est totalement acceptable, mais personne ne doit en être dupe”, estime-t-il. Quant aux professionnels de santé qui se mobilisent dans les médias pour “défendre un produit, il est rare qu’ils n’aient pas de lien d’intérêt”, constate-t-il.

Il se montre par ailleurs vigilant sur le projet de rapprochement entre la HAS et l’ANSM, rappelant que l’indépendance de l’évaluation en vue du remboursement est “indispensable”. 

 

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