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EGORA – “Délinquance morale” : 92 % des médecins réclament un “changement radical” de l’Ordre

Frais dispendieux, défaillance dans le traitement des plaintes… L’Ordre des médecins a été épinglé par l’Inspection générale des finances (IGF) après un contrôle surprise dans les locaux de l’institution. Face aux révélations de ce rapport, qui déplore “une gestion émaillée d’irrégularités”, les lecteurs d’Egora ont tranché : ils sont 92% à souhaiter réformer l’Ordre des médecins.

Sandy Bonin

Symbole médical sur bureau en bois - Image générée avec IA
Image générée avec IA

Le 15 octobre dernier, Egora révélait que les Ordres des médecins, des pharmaciens et des chirurgiens-dentistes avaient été contrôlés par surprise par l’Inspection générale des finances. Un pré rapport à charge a été dévoilé le 18 mars dernier. “La gestion de l’Ordre des médecins souffre d’un défaut de transparence et de contrôle, et est affectée de nombreuses irrégularités. Ses missions sont inégalement exercées et, en particulier, le traitement des signalements et plaintes par les conseils de l’Ordre ne permet pas de garantir que les manquements déontologiques soient effectivement poursuivis”, a conclu l’IGF. 

Interrogés sur la nécessité de réformer ou non l’institution ordinale, les lecteurs d’Egora ont été unanimes. 92% des 631 votants ont répondu par l’affirmative et parmi les 8% restants, certains appellent à sa suppression. Il faut “réformer en grand, chaque centime dépensé doit être justifié! Fini les auto-augmentations. Le G stagne, la compensation pour perte de revenus pour le temps dédié à l’Ordre aussi. Fini les indemnités de déplacement/hôtellerie : visio obligatoire ! Fini aussi le buffet 4 étoiles des dites réunionites. Et remboursement des 15000€ de taxi ! Et autres abus”, a clamé DELA LIE, médecin. 


En effet, entre les augmentations des indemnités des conseillers ordinaux, les abus sur les frais de transport…. Le rapport de 44 pages a étrillé, chiffres à l’appui, la gestion financière de l’institution ordinale.  

Pour mag sal, au-delà de la réforme nécessaire, il faut une “enquête” et des “sanctions” pour ceux “ayant profité de façon injustifiée et crapuleuse de l’argent de l’ordre et de leur position”. “La délinquance morale de cette institution, révélée par la presse récemment, exige un changement radical”, abonde Martine B. D.. “Les gardiens officiels de l’éthique médicale se doivent une attitude exemplaire. Toute anomalie comportementale doit être suivie de démission”, estime pour sa part Jean-François C., généraliste. 

“Faire confiance à des pairs, c’est favoriser les petits arrangements entre amis”

“Il y a certainement des personnes honnêtes et investies aussi dans cette institution qui doivent pâtir de ce scandale”, nuance toutefois MAG. Dans un message relayé sur LinkedIn, le bureau du conseil départemental de l’Ordre des médecins de Loire-Atlantique a en effet défendu le travail “essentiel” des élus ordinaux, mis en cause après le rapport de l’IGF. S’ils ne nient pas l’existence de “dérives”, ils refusent qu’elles jettent le “discrédit” sur la “grande majorité des médecins engagés dans les conseils ordinaux”.

Lire aussi : Ordre des médecins : l’IGF saisit la justice, Rist envisage une dissolution du CDOM de Paris

Au-delà des dépenses de l’institution ordinale, le rapport relève que “l’Ordre des médecins n’est pas organisé pour contrôler dans la durée les conditions d’exercice de la médecine et sanctionner efficacement les manquements déontologiques”. Des praticiens interdits d’exercer sont encore inscrits au tableau.

“À notre époque, la notion d’éthique a disparu de notre société. Faire confiance à des pairs, c’est favoriser les petits arrangements entre amis ! Ne faudrait-il pas supprimer l’Ordre et confier ses missions à des organismes de droit commun ? La défense de la profession relèverait des syndicats professionnels. La défense du consommateur des juridictions ordinaires. Et la Cour des comptes n’aurait plus à intervenir. Et des dérives de toutes sortes n’auraient plus lieu”, s’interroge Michel B..

Plutôt que de le supprimer, il faudrait le rendre “facultatif”, estime M A G. “Si les médecins se sentent protégés par cette instance, ils vont y adhérer volontairement. Et si les patients sentent le besoin d’un organisme supplémentaire pour garantir ses compétences, le relais pourrait être pris par le marché. Tous nos soucis récurrents (Conseil de l’Ordre, convention, “déserts médicaux”…) ont une seule et unique cause : le monopole d’Etat”, constate ce lecteur. 

“Un organisme indispensable qui ne doit pas être supprimé mais correctement géré sans que cela devienne un ‘revenu supplémentaire'”

Monala A., généraliste, regrette pour sa part un ordre “toujours en retard sur les opinions du public (loi Veil, fin de vie assistée)” et estime que “les tribunaux juridiques civils ou administratifs sont largement suffisants !” Un avis partagé par de nombreux lecteurs, dont Serge P., qui plaide pour une dissolution des ordres. “Nous avons un bon ministère de la Santé et une justice rendue par des tribunaux qui se fient aux expertises médicales”, justifie-t-il. “Un tribunal d’exception dont les juges sont élus par leurs pairs…ne peut être un bon moyen de moraliser une profession”, plaide pour sa part Jean-Marie R.. 

“Ces abus ne doivent pas faire oublier l’utilité d’un ordre professionnel, lui oppose le Dr Pascal L., généraliste. La juridiction ordinale qu’est le Conseil national de l’ordre des médecins ne remplace pas les juridictions pénales, civiles et administratives. Elle ne se prononce que sur le respect du code de déontologie médicale inclus dans le code de la santé publique. Elle ne peut pas octroyer au plaignant des dommages et intérêts ou un remboursement d’honoraires. Elle peut en revanche sanctionner le médecin par un avertissement, un blâme, une interdiction temporaire d’exercice ou la radiation du tableau de l’Ordre des médecins. La juridiction ordinale est donc complémentaire de la juridiction civile”, explique cet ancien “vice-président d’un conseil départemental”. “Lorsque l’on voit l’encombrement actuel des tribunaux et les délais d’installation des instructions ce serait bien pire que pour les juridictions ordinales”, complète-t-il.

Lire aussi : “L’Ordre mesure pleinement la gravité des manquements relatés dans le rapport de l’IGF” : la réponse du Cnom à Stéphanie Rist

“J’ai 80 ans et j’ai exercé à l’ordre départemental pendant 40ans et au régional 15 ans. C’est un organisme indispensable qui ne doit pas être supprimé mais correctement géré sans que cela devienne un ‘revenu supplémentaire'”, a également estimé le Dr François-Xavier L., médecin du travail. “Au temps où tout le monde veut faire n’importe quoi, il vaut mieux que l’ordre existe”, a pointé le Dr Bernard B., généraliste.

“La participation des patients serait une avancée majeure”

Parmi les pistes avancées par l’IGF dans son rapport, figure celle de faire entrer les patients dans la gouvernance ordinale. Un avis partagé par la Dre Anne-Marie D. qui juge que “la participation des patients serait une avancée majeure et une meilleure transparence du fonctionnement et des finances s’impose. La confiance des médecins dans leur institution professionnelle doit être restaurée”.

“Beaucoup d’éléments” de ce rapport “sont fondés, c’est-à-dire qu’ils appellent notre vigilance et une optimisation (…) de toutes les réformes majeures” en cours, a admis le Pr Stéphane Oustric, à la tête de l’Ordre depuis juin 2025, quelques jours après la révélation du rapport de l’IGF.  

“La réforme est en cours depuis des années et un travail de fond a été accompli par le Conseil national sous l’égide des présidents Bouet, Arnault, puis Oustric depuis les dernières élections”, a appuyé Gilles M., dermatologue. “Je rappelle à ce propos que les conseillers ordinaux sont élus et que tous les médecins peuvent se présenter. Il ne faut donc pas se tromper de cible : quand l’Ordre est attaqué, c’est la profession qui est visée…”, conclut-il.

 

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