Monté de toutes pièces, le centre de santé multidisciplinaire du village olympique et paralympique de Paris 2024, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), pourra accueillir jusqu’à 700 athlètes par jour. Presque tous bénévoles, des médecins et soignants s’y relaieront pour assurer une prise en charge très complète. Mais le dispositif sanitaire des JO ne s’arrête pas là.

 

Un défi de taille

Avec ses 15 000 athlètes participants, ses 12 000 journalistes et techniciens accrédités, et une bonne dizaine de millions de spectateurs attendus, les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 représentent un défi de taille sur le plan sanitaire. “Le défi, c’est de pouvoir apporter un niveau de réponse médicale élevé pour l’ensemble des publics, résume le Dr Philippe Le Van, médecin du sport, chief medical officer de Paris 2024. C’est assez complexe car ce n’est pas qu’à Paris, mais aussi sur des sites franciliens un peu excentrés (Vaires-sur-Marne, Saint-Quentin-en-Yvelines…), à Lille, Marseille, Châteauroux…” Au total, “on va apporter un soutien sanitaire à 41 sites de compétition, à 70 sites d’entrainement, et à un certain nombre de sites d’hébergements” ou de sites de “non-compétition”, comme l’International Broadcast Center (IBC), renchérit le Dr Pierre Mauger, responsable des services médicaux de Paris 2024. “Pour chacun, il faut une couverture médicale.”

Deux dispositifs distincts sont organisés. L’un est “spécifiquement dédié aux athlètes autour du terrain”, avec, avant tout, de la médecine du sport et éventuellement de la médecine d’urgence, détaille le responsable ; sur chaque terrain, un médecin manager du sport, salarié de Paris 2024, assurera la coordination des soins avec les représentants de la fédération internationale et les médecins des délégations. L’autre dispositif, visant à “accueillir les spectateurs en toute sécurité”, reposera sur des “infirmeries” dans lesquelles exerceront des médecins urgentistes, des infirmières et des secouristes. L’IBC sera quant à lui médicalisé 24h/24, compte tenu du “décalage horaire” de certaines compétitions et diffusions.

 

      
Le bâtiment, les bains froids, l’IRM © Justine Maurel

 

Le cœur de la prise en charge : la “polyclinique” du village olympique

Implanté dans ce qui était jusqu’au 1er juin un établissement de formation en kiné, ostéo et podologie au cœur de la zone résidentielle du village olympique et paralympique de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), ce centre de santé multidisciplinaire a vocation “à accueillir les athlètes pour les premiers soins”, sans hospitalisation ni bloc opératoire, présente Pierre Mauger, urgentiste de profession. L’hôpital Bichat (AP-HP) sera l’établissement référent, si besoin.

L’offre de soins sur place sera néanmoins “conséquente” : d’une part, des consultations de soins non programmés de 7 heures à 23 heures (avec un urgentiste et une infirmière de garde la nuit) ; et d’autre part, des services dédiés à la prise en charge des blessures : consultations de médecine du sport et chirurgie orthopédique, de cardiologie, de gynécologie, d’ophtalmologie et optique, des soins dentaires, de pédicurie-podologie, un plateau d’imagerie médicale (2 IRM, 3 box d’échographie, 1 box de radiologie conventionnelle), une unité de prélèvement, une pharmacie à usage intérieur… Un étage entier est également aménagé pour de la kinésithérapie, avec des soins de confort et de récupération.

Ce centre, géré sur le plan opérationnel par l’AP-HP dans le cadre d’une convention de coopération, est en cours d’installation. Il ouvrira ses portes dès le 12 juillet, date d’arrivée des premières délégations, mais recevra les premiers athlètes à partir du 18 juillet seulement.

 

Et sur les autres sites franciliens, de province ou à Tahiti ?

“La polyclinique du village est vraiment un dispositif extraordinaire, insiste Pierre Mauger. Ouvrir un centre de santé from scratch dans un nouveau quartier, c’est un petit exploit qu’on a réussi avec l’AP-HP, l’ARS et le ministère, on ne peut pas le reproduire sur tous les sites” de compétition. Ailleurs, “on a un niveau de réponse 24h/24 avec urgentiste la nuit, en journée de la kiné, de l’ostéo, de la médecine du sport, une capacité d’échographie sur certains”. Pour les soins dentaires, ou encore les besoins en imagerie des athlètes, les équipes de Paris 2024 s’appuieront sur le “maillage territorial“, sur “les réseaux locaux” développés par les “coordinateurs zonaux”, “souvent des médecins du sport qui exercent pour des clubs professionnels”, précise le responsable.

 

700 patients attendus chaque jour

“Si on se base sur les éditions précédentes des Jeux, cette polyclinique pourrait accueillir jusqu’à 700 patients par jour”, souligne Pierre Mauger. C’est “2 à 2,5 fois les plus grosses urgences de France”. En période estivale de tension sur les effectifs, l’enjeu était de ne pas surcharger davantage les hôpitaux publics, insiste Philippe Le Van. “On a une capacité de 70 IRM par jour : en fait, le service public ne pourrait même pas y répondre”, relève son confrère urgentiste. Quant au plateau de récupération, il pourra accueillir jusqu’à 300 athlètes quotidiennement.

Les athlètes qui disposent de leur propre accompagnement médical (70 % à 80 % des délégations olympiques) “vont venir chercher des examens complémentaires comme de l’imagerie, ou une expertise particulière (gynéco, dentaire, ophtalmo…)”, développe le chief medical officer. Ceux qui, en revanche, n’ont pas de staff médical “vont surtout profiter de la partie récupération”. “Beaucoup d’athlètes qui viennent de pays moins favorisés que les nôtres viennent pour faire des bilans”, souligne aussi ce vétéran des JO, qui a notamment exercé dans la polyclinique de Tokyo 2020.

 

      
Consultations de médecine générale, dentisterie, ophtalmologie © Justine Maurel

 

Des spécificités pour les para-athlètes

Paradoxe : “Ceux qui en ont eu le plus besoin sont ceux qui disposent le moins souvent d’encadrement médical“, relève Philippe Le Van. Seules 30 à 40 % des délégations d’athlètes paralympiques ont un staff médical. Des consultations d’urologie et de dermatologie seront assurées à la polyclinique durant la période des Jeux paralympiques. Certains sportifs en provenance de pays moins favorisés en profiteront pour “mettre à niveau” leur prothèse ou leur appareillage. “Sur l’appareillage, on est accompagnés par l’une des plus grosses compagnies mondiales, Autobot, précise Philippe Le Van. Ils auront des ateliers sur certains sports particulièrement éprouvants pour le matériel comme le rugby fauteuil ou le basket fauteuil, ils seront capables de réparer ou souder les fauteuils sur place.”

 

Qui paiera les soins ?

“Paris 2024 a un budget médical autonome qui nous permet de financer l’intégralité de la polyclinique et des soins sur site, répond Pierre Mauger. En aucun cas l’AP-HP ne participe financièrement, c’est un remboursement à ‘l’euro-l’euro’ dans la convention.”

En revanche, à partir du moment où il y aura un recours aux structures hospitalières – publiques ou privées – les soins seront classiquement pris en charge par l’Assurance maladie et les complémentaires.

 

Qui sont les médecins et soignants volontaires ?

Recrutés via le programme des volontaires Paris 2024, environ 3 000 soignants bénévoles vont se relayer sur l’ensemble des Jeux. Vendredi dernier, ils étaient 364 à avoir pris au moins une vacation sur le planning de la polyclinique au cours des Jeux olympiques et 217 sur la période des Jeux paralympiques. “On est en train de finaliser nos plannings, il y a quelques spécialités où on n’est pas au niveau espéré, confie Pierre Mauger, citant les assistants dentaires, les manipulateurs radios, les préparateurs en pharmacie, et les urgentistes. “Mais on s’adapte, il n’y a pas de risques particuliers, on pourra ouvrir le 12 juillet comme prévu.” Il n’est pas trop tard pour candidater, précise l’urgentiste.

Libéraux ou hospitaliers, les médecins “viennent de partout en France“, certains même de pays européens. “On a des volontaires qui ont fait Londres, Rio et qui maintenant postulent pour participer aux soins de la polyclinique.” Des médecins retraités (nécessairement depuis moins de deux ans ou ayant conservé une activité) viendront prêter main forte. “L’avantage, c’est qu’ils ont du temps et peuvent mettre pas mal de jours à disposition”, relève Philippe Le Van.

Les seuls salariés de la polyclinique seront les chefs de service, souvent issus de l’Insep, sous contrat temporaire avec l’AP-HP.

Quant aux secouristes – bénévoles également, ils seront jusqu’à 1 500 à être mobilisés certains jours, dont 500 pour la cérémonie d’ouverture.

 

Des carabins aussi

Paris 2024 s’apprête également à lancer un appel aux docteurs juniors, en particulier urgentistes, après “avoir trouvé une ouverture avec l’Ordre des médecins pour qu’ils puissent exercer sous licence de remplacement“, annonce Pierre Mauger.

Des étudiants en médecine font également partie des volontaires au sein de polyclinique, mais ils officieront en tant qu’“équipementiers“, ou “accompagneront les athlètes dans les différents services”, précise Philippe Le Van.

 

Prévention : addiction aux écrans, IST et santé mentale…<

Les Jeux sont l’occasion de faire de la prévention, rappelle Philippe Le Van : promotion de l’activité physique, nutrition, violences sexistes et sexuelles, santé mentale… Pour la première fois, les délégations pourront bénéficier d’accréditations supplémentaires pour leurs “safe guarding officers“, relève le médecin du sport. Un espace dédié à la santé mentale a également été aménagé au sein de la polyclinique pour les athlètes qui souhaiteraient se confier en toute confidentialité. Ils pourront par la suite être pris en charge par des psychologues en cas de besoin.

Les services médicaux de Paris 2024 ont quant à eux décidé de mettre l’accent sur deux thématiques : l’usage excessif des écrans, qui peut impacter les performances sportives en affectant la qualité du sommeil ou la vision, et les IST. Quelque 200 000 préservatifs masculins, mais aussi des préservatifs féminins et des digues buccales, seront distribués ; des dépistages de VIH seront également possibles à la polyclinique.

Autre priorité : prévenir les malaises dus à la chaleur. Car “la question n’est pas de savoir si on va avoir des pics de chaleur mais combien on va en avoir et quelle va être la durée”, pointe Philippe Le Van. Les spectateurs seront fortement incités à venir munis avec leur couvre-chef et leur gourde d’eau ; des centaines de fontaines à eau seront disposées sur les sites olympiques.

 

Le Covid sous surveillance

L’augmentation actuelle du nombre de cas de Covid pourrait bien troubler la fête. Un risque identifié de longue date par les services médicaux, qui sont en lien avec la DGS et Santé publique France. Un bilan quotidien sera dressé durant la période des jeux et la surveillance des eaux usées sera renforcée à Paris. “On a des mesures barrière et de suivi qui seront mises en place s’il y a des cas dans le village. Dans la polyclinique, on a la capacité d’isoler tout patient ayant toux et fièvre, et de faire des tests rapides ; et on a des appartements d’isolement au sein du village”, rassure Pierre Mauger.

La polyclinique fermera ses portes le 30 septembre.

 

Source :
www.egora.fr
Auteur : Aveline Marques

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