Des étudiants en LAS à Sorbonne Université (Paris) ont vu les portes des études médicales se fermer en raison de l’instauration d’une “note seuil” par leur faculté. Ils assurent ne pas avoir été informés de l’existence de ce seuil. Malgré de bons résultats, ces candidats ne peuvent bénéficier des places leur étant réservées en médecine. Une poignée d’entre eux ont décidé de faire appel à un avocat pour faire entendre leurs voix.

 

“C’était la dernière chance d’atteindre notre rêve et il a été brisé.” Philippe, 20 ans, est amer. Comme une cinquantaine d’autres étudiants en Licence accès santé (LAS) à Sorbonne Université, le jeune homme s’est vu refuser l’entrée aux études de médecine en raison de l’instauration d’une “note seuil” par la faculté. “On est beaucoup à travailler depuis plus de trois ans pour [intégrer médecine, NDLR]. Ça fait des années que l’on veut atteindre cet objectif”, glisse Mona*, inscrite en LAS2 “Sciences de la vie”.

Alors qu’elle pensait avoir un bon dossier, l’étudiante de 20 ans tombe des nues lors de la publication de ses résultats de l’année. Le 4 juin, “on a ouvert nos mails pour découvrir notre note de dossier et la note moyenne de nos deux oraux – que l’on avait passés un peu plus tôt. On a découvert notre classement et on s’est dit : ‘super, on va entrer en médecine !'”, rembobine Mona, alors classée 207ème. La jeune femme intègre donc le “numerus clausus” fixé par sa faculté qui, cette année, réservait 214 places aux élèves en LAS. Mais quelques lignes sous ses résultats, une note attire l’attention de Mona. “Il était indiqué [dans le mail] que l’on devait atteindre une note seuil de 61/100. Et, si ce n’était pas le cas, on ne pouvait pas intégrer médecine”, lâche-t-elle, indignée.

 

 

“Cette note seuil est inédite puisqu’il n’y en avait pas l’année dernière à la Sorbonne”, acquiesce Inès*, 20 ans. L’étudiante en LAS3 “Sciences du langage” a, comme ses camarades, découvert l’existence de cette note minimale début juin. Jusqu’alors, “on était persuadés que les 214 places”, réservées par la Sorbonne aux élèves inscrits en LAS, “allaient toutes êtes pourvues“. “C’est aussi pour ça que, cette année en particulier, beaucoup de candidats ont tenté leur chance”, affirme la jeune femme, classée 206ème. Mais “à cause de cette note seuil, on se rend compte que l’on peut être dans le classement [initial] et, malgré tout, se retrouver sur le carreau”, insiste celle qui, avec une note totale de 59/100, a vu son rêve de devenir médecin s’envoler.

 

“ On n’a jamais eu de réelles informations ”

 

Les étudiants interrogés assurent ne pas avoir été mis au courant par la faculté de l’existence cette note avant “février-mars”.”On a eu une réunion d’information, où l’on nous a présenté comment allait se dérouler” les prochains mois, se souvient Mona. Durant cette présentation, la possibilité de l’instauration d’un “seuil” est évoquée. “On a demandé des précisions, et on nous a répondu que cette note serait aux alentours de 10 ou 11 [sur 20, NDLR] On s’est dit que c’était ‘tranquille'”, développe-t-elle. Puis plus rien : “A la suite de cette information, on n’a jamais eu de sorte d’alerte pour nous dire de faire ‘gaffe’ à cette note”, s’étonne aujourd’hui l’étudiante : “Ce seuil a été simplement sous-entendu, mais on n’a jamais eu de réelles informations dessus.”

La situation est pourtant particulièrement préjudiciable pour ces étudiants, qui ne peuvent tenter d’intégrer les filières santé que deux fois au cours de leur cursus en LAS. En candidatant ce printemps, “certaines personnes ont grillé leur dernière chance d’entrer en médecine”, regrette Inès, directement concernée : “C’est un gâchis humain énorme.” “Je n’aurais pas pris le risque de candidater, si j’avais [eu connaissance] de cette note”, confirme, de son côté, Philippe.

 

étudiant
© DR

 

Au-delà du “manque de transparence” de la direction leur faculté, les étudiants pointent des incohérences dans le calcul de la note seuil. Fixé à 61/100 en médecine et à 45/100 pour les autres filières santé (maïeutique, odontologie, pharmacie et kinésithérapie), ce chiffre inclut, d’après les élèves, leurs résultats aux épreuves orales et une note globale basée sur leur dossier. “Ils prennent en compte nos notes du bac jusqu’à la dernière note que nous avons obtenue cette année, avance Inès. Normalement, ça va crescendo.” “Plus on avance vers l’année de candidature, plus nos notes [sont censées] avoir un poids important dans notre dossier. Mais cette année on remarque, en faisant approximativement nos moyennes, que notre dossier a été calculé de manière a coefficienté toutes nos notes à 1. Aucune n’a une place prépondérante”, prolonge la jeune femme, dénonçant le flou autour de ce calcul.

 

 

Perdus, les étudiants ont tenté d’alerter la direction de la Sorbonne Université. En vain. “On nous ignore”, déplorent-ils. “On a tout fait [pour les contacter, NDLR]. Mais on a aucune réponse, aucune compassion”, complète Mona. Seul argument avancé par la direction, selon eux, pour répondre à leurs interrogations : la souveraineté du jury. “On nous dit qu’il est souverain et que c’est ‘comme ça'”, s’indigne Inès.

Plus largement, les étudiants interrogés s’étonnent des notes obtenues à l’issue de leurs oraux. Ces épreuves, également mises en place par la réforme de la Paces en 2020, sont largement décriées. Si leurs modalités sont en cours de révision par le Gouvernement, les candidats aux filières santé en LAS doivent nécessairement s’y soumettre. A Sorbonne Université, ces derniers ont passé deux oraux. “On a eu, au final, une note moyenne de ces deux oraux, donc on ne sait même pas lequel d’entre eux on a le mieux réussi”, avance Mona. Lors de ces épreuves “le jury avait l’air très content et je pensais avoir vraiment réussi”, complète Philippe, qui a finalement obtenu un 6/20. “C’est cette note qui m’a fait rebasculer en dessous du seuil de 61/100”, estime-t-il, dénonçant ces résultats aléatoires.

 

“ Je veux vraiment faire médecine ”

 

Alors que seules 166 places sur les 214 réservées aux LAS ont pour l’instant été pourvues, les étudiants craignent que les 48 restantes soient distribuées aux jeunes inscrits en Pass (Parcours d’accès spécifique santé) à la Sorbonne. L’amphi de garnison de ces derniers est prévu le 10 juillet prochain. Mais un tel transfert de places irait à l’encontre de la règle du 50/50 prévue par la loi, qui impose une répartition équitable des places au sein des filières santé entre les candidats en Lass et en Pass.

Dans ce contexte, quatorze des étudiants en LAS à Sorbonne Université ont décidé de faire appel à un avocat afin de demander un référé-suspension. Cette procédure d’urgence devrait s’ajouter à une autre, qui devrait également être engagée devant le tribunal administratif de Paris. “Les étudiants veulent obtenir l’annulation de délibération du jury qui ne reconnaît pas leur admissibilité”, résume Me Crusoé, leur avocat. Chaque année, “des procédures similaires sont engagées devant les tribunaux avec des résultats variables”, poursuit-il, précisant qu’il est encore “possible” que les étudiants récupèrent “leurs places” dans les prochaines semaines grâce au référé-suspension.

 

 

Pour l’instant, et en l’absence d’évolution de sa situation, l’étudiante en LAS “Sciences du langage” a décidé d’intégrer les études de maïeutique à la rentrée 2024. Mona et Philippe, eux, ont décroché une place en pharmacie. “On était admissibles dans cette filière, car notre note globale est de plus de 45/100”, avance la première ; “mais cette filière est un plan B”, rappelle le second. Certains de leurs camarade, situés plus loin dans le classement, n’ont eux obtenu aucune place en filières santé. “Les personnes dans le numerus de médecine [mais exclues en raison de la note seuil, NDLR] ont dû prendre une filière de secours, et y a donc énormément de personnes en fin de classement, qui n’ont rien au final. Sans ça, elles auraient pu avoir une place” dans une filière santé, se désole Mona.

L’étudiante, qui pourrait devenir apprentie pharmacienne en septembre, ne compte pas baisser les bras. “Je veux vraiment faire médecine et je me donnerais à fond, peu importe le nombre d’années que ça prendra. J’ai commencé à chercher d’autres possibilités pour intégrer médecine”, assure-t-elle, citant plusieurs passerelles accessibles au cours des études de pharmacie. “Et si ça ne marche pas, je tenterais les concours de médecine dans d’autres pays“, lance Mona. “C’est dommage… […] Surtout, on se plaint qu’il n’y a pas assez de médecins en France, mais ce n’est pas logique avec ce qui nous arrive”, conclut-elle, dans un soupire.

Contactée par Egora, la direction de la Sorbonne Université n’a, pour l’heure, pas répondu à nos sollicitations.

 

* Le prénom a été modifié. 

 

Source :
www.egora.fr
Auteur : Chloé Subileau

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