MAIL  Les Généralistes CSMF  ///  Mardi 25 septembre 2018

« MA SANTÉ 2022 » : IL N’Y A PLUS QU’À…

Le Président de la République a présenté le 18 septembre le plan du gouvernement pour moderniser le système de santé français. Annoncé pour avant l’été, les chaleurs estivales auront fait murir ce plan qui, s’il est mis en œuvre, est de nature à transformer en profondeur un système de santé à bout de souffle afin de l’adapter aux enjeux de notre temps.

Que ce soit sur le constat de la situation actuelle ou sur les objectifs globaux à atteindre, il sera difficile d’être en désaccord avec le discours du Président.

Alors que nous dépensons pour la santé par habitant 15% de plus que la moyenne des pays de l’OCDE, nous sommes aussi dans le peloton de tête pour les consommations de tabac et d’alcool, et pour le nombre de lits d’hôpital. Si le nombre de médecins et d’infirmiers est proche de la moyenne de ces pays, de plus en plus de français ne trouvent plus de médecins traitants et les délais sont de plus en plus longs pour consulter certains spécialistes.

Faciliter l’accès aux soins, garantir une prise en charge continue de santé de la prévention au soin grâce à une meilleure coordination des différents acteurs, diminuer le nombre de lits hospitaliers, voilà là aussi des objectifs auxquels les médecins libéraux adhèrent.

La question est donc de savoir si les moyens proposés sont à la hauteur de ces ambitieux objectifs.

La réforme des études médicales mettra fin aux aberrations pédagogiques que sont le concours de première année et l’épreuve classante nationale (ECN) génératrices d’années de bachotage au détriment de l’apprentissage du métier. Pour autant, il faudra se garder de déréguler le nombre de médecins formés.

Réformer l’hôpital en redéfinissant ses missions en lien avec l’offre de soins de ville et permettre des exercices mixtes ville/hôpital sont des demandes que nous formulons depuis de nombreuses années.

Concernant la médecine libérale, et bien au-delà les professions de santé libérales, le message est clair : créez, en vous réorganisant, un collectif de soins et coordonnez-vous non seulement entre vous mais aussi avec l’hôpital et le secteur médico-social afin de garantir des parcours de santé de qualité. Entre autres, les assistants médicaux et les infirmières en pratiques avancées doivent permettre de garantir l’accès à un médecin traitant pour tous les français.

Une des grandes nouveautés de ce plan est la liberté laissée aux médecins libéraux de choisir collectivement le mode de réorganisation le plus adapté à leur territoire. Habituellement, il s’agissait plutôt d’un modèle unique imposé par l’avenue de Ségur.

Si les nouveaux financements seront dorénavant priorisés pour les médecins qui s’engagent dans cette démarche, la plus grande incertitude plane pour savoir s’ils seront en adéquation avec le coût de ces réorganisations et quel sera leur pérennité. Les médecins généralistes ne pourront pas, par exemple, autofinancer à terme les assistants médicaux du fait de la simple augmentation de leur patientèle. En effet, le modèle médico-économique de la médecine générale avec sa consultation de base à 25€ n’est plus adapté à l’exercice libéral. Là aussi, il faudra innover !

Enfin, et surtout, chacun doit retenir l’injonction du Président de la République : nous n’avons pas le droit d’échouer car sinon nous passerons d’un régime incitatif à un régime obligatoire avec le risque de voir certaines des missions des médecins généralistes confiées à d’autres, qu’ils soient établissements de soins ou prestataires privés.

Il ne nous reste plus qu’à nous retrousser les manches collectivement au niveau de nos territoires et montrons que l’exercice libéral n’est pas sclérosant et qu’il permet au contraire de faire évoluer rapidement nos organisations afin de répondre aux besoins de santé de la population.

Dr Luc DUQUESNEL,
Président Les Généralistes CSMF

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