//Après le numerus clausus : les détails du nouveau système

En finir avec la Paces. Oui, mais par quoi la remplacer ? L’annonce de la suppression du numerus clausus à la rentrée 2020 a causé inquiétudes et questionnements chez de nombreux aspirants médecins. Une concertation s’ouvre ce jeudi pour définir ce nouveau modèle. Le professeur Antoine Tesniere*, en charge du volet formation de la réforme Macron, nous livre de précieuses explications.

 

Egora.fr : On comprend le constat qui est fait sur l’échec de la Paces et sur les raisons qui poussent à une réforme. On comprend moins bien ce qui va être proposé comme alternative. Quel système va remplacer la Paces ?

Antoine Tesniere : Un certain nombre de choses sont encore à décider. C’est toute la réflexion qui est lancé aujourd’hui dans les groupes de travail avec l’ensemble des acteurs, la CPU, les conférences de doyens, les enseignants, les étudiants et leurs représentants, les acteurs de santé… Il y a quand même quelques grandes lignes. L’objectif, c’est d’avoir des formations plus pertinentes. Elles doivent rassembler plus fréquemment les différents métiers pour apprendre à travailler en équipe, par exemple médecin/infirmier ou médecin/pharmacien ou sage-femme/médecin… Elles doivent permettre de diversifier les profils pour ne plus avoir 99% de Bac S mention “bien” ou “très bien” dans les populations d’étudiants, en renforçant tout ce qui est compétences relationnelles, humanités, à la fois dans la formation mais aussi dans l’évaluation des étudiants. Elles doivent permettre de sortir du système de sélection brutale et inique du concours de la PACES en évoluant vers l’orientation des étudiants en fonction de leurs compétences, des projets professionnels et des postes disponibles.

Concrètement, à quoi va ressembler ce nouveau système ?

L’idée c’est de construire quelque chose qui s’inspire de la combinaison PACES adaptées, AlterPaces. Un premier cycle en trois ans permettrait des entrées dans les filières médecine, pharmacie, maïeutique ou odontologie. Cette entrée pourrait se faire de façon étagée, soit en fin de première, de deuxième et de troisième année en fonction de critères académiques.

 

Au lieu d’une année de Paces, on aurait donc trois ans de licence ?

L’idée est de mieux articuler des passerelles entrantes et sortantes, et de se rapprocher d’un modèle LMD. Est-ce que pour autant, ce sera une licence ? Pas forcément. Ce qui est certain c’est qu’on ne rentrera pas dans le projet de “licence santé”, qui n’a pas été retenu. Parlons donc de premier cycle en trois ans. Ce premier cycle proposera une formation généraliste santé, permettant une entrée dans les filières médicales.

Vous aurez aussi la possibilité de rentrer aussi via d’autres licences, complétées par des mises à niveau. Si on vient d’une licence d’histoire ou de gestion, et qu’on fait les mises à niveau nécessaires, on peut prétendre rentrer dans une filière médicale par une passerelle entrante.

Tous les étudiants ne commenceront probablement pas leurs études de médecine la même année. Comme c’est le cas en AlterPaces, on a des étudiants qui rentrent en deuxième ou troisième année en fonction de leur niveau d’étude et de leur mise à niveau. On pourrait imaginer un système similaire.

 

Vous voulez aussi permettre aux étudiants qui ne seraient pas acceptés de se réorienter.

Oui, l’idée, c’est aussi de pouvoir proposer des sorties. Les capacités d’accueil ne seront pas infinies. Les étudiants qui ne pourront pas intégrer ces filières médicales pourront aller vers des métiers paramédicaux avec des équivalences intelligemment pensées, ou vers d’autres métiers où la santé peut être un élément important. Je pense à un master en ingénierie pour faire de la bio-ingénierie, ou une formation en mathématiques pour faire de l’intelligence artificielle en santé. Tout l’enjeu de ces filières de formation, c’est d’arriver à orienter intelligemment les étudiants soit vers les métiers médicaux soit vers d’autres métiers, en fonction de leurs capacités, de leurs projets, de critères académiques… ce qui est compliqué à l’heure actuelle parce que les formations n’ont pas d’équivalences et sont très en silo.

 

On garde donc un seuil maximal d’étudiants en médecine. Ça ne s’appelle plus numerus clausus, mais on a une limite…

On gardera un seuil minimal. Il faut garantir la formation d’un certain nombre de médecins pour les besoins de la population. Il y a aura aussi évidemment un seuil maximal. Comme dans n’importe quelle filière. Si vous prenez les STAPS (sport. Ndlr) les capacités d’accueil sont limitées.

Le nombre d’étudiants formés pourrait augmenter, mais de façon limitée. On ne va pas doubler ou tripler le nombre d’étudiants formés, on n’est pas en capacité de le faire. Si des dialogues régionaux se mettent en place pour définir les capacités de formation et les besoins de santé, on devrait rester dans des chiffres plus ou moins similaires à ceux d’aujourd’hui.

 

Comment seront définies ces capacités d’accueil ?

Ce sont des choses qu’il faut discuter. Ce ne sera plus défini au siège près, parce que ça génère beaucoup de problématiques… Ce qui est souhaitable, c’est que ces capacités fassent l’objet de discussions régionales ou locales entre les acteurs universitaires, de santé à l’échelle régionale pour affiner les capacités de formation et les besoins territoriaux. Ce sont des grandes lignes, des arbitrages sont encore nécessaires.

Quand on parle des capacités de formation, ça n’est pas que les places dans les amphis. C’est aussi les capacités de formation pratique, dans les terrains de stage. Il va falloir ouvrir des terrains de stage. L’augmentation des stages en ambulatoire va permettre d’augmenter ces terrains de stage. Ce sont des discussions qui vont se faire aussi au niveau local mais aussi national. Il faut que les étudiants soient encadrés, avec des personnes formées pour enseigner, évaluer… Il y a toute une logistique pédagogique à mettre en place.

 

Comment vont être définis les critères de sélection ? Vont-ils être différents d’une fac à une autre ?

Çela fait aussi partie des choses à arbitrer dans les groupes de travail. Ce qui est certain c’est que le contenu du premier cycle sera repensé et réorganisé, notamment autour des compétences relationnelles, humanités… J’imagine qu’il puisse y avoir des grands cadres communs, et que chaque université adapte en fonction de ses pré-requis pédagogiques. La réalité, c’est qu’on est parfois trop prescriptifs, avec des cadres fermes, qui nous enferment dans des systèmes brutaux rigides comme la PACES, et qui ne laissent pas de place à l’innovation.

 

Cette réforme doit être prête pour la loi prévue au printemps ?

Oui, tout à fait. C’est pour cela que cette période de concertation est très importante. Elle permettra de définir ce qui sera mis dans cette loi, où le premier cycle est un élément important. Les concertations commencent aujourd’hui. Les choses seront arrêtées avant la fin de l’année.

Je comprends la frustration chez certains étudiants qui sont dans cette période de transition. Il faut savoir que les cursus de formation resteront des cursus d’excellence, basés sur des critères importants. Il ne faut pas que les étudiants s’imaginent que c’est atroce aujourd’hui, et que demain ce sera très simple et que tout le monde pourra rentrer dans ces filières. C’est un système qui sera différent, qui demandera quand même beaucoup de travail et d’investissement mais de façon plus humaine et plus intelligente pour éviter le gâchis actuel.

 

*Anesthésiste-réanimateur à l’hôpital Cochin (AP-HP), enseignant chercheur à l’Université Paris Descartes et co-fondateur du laboratoire de recherche sur la simulation en santé Ilumens.

Source : www.egora.fr

Auteur : Fanny Napolier

2018-09-21T14:16:33+00:0021 septembre 2018|EGORA news|0 Comments

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