//“Aucun des chantiers santé ouverts par Agnès Buzyn n’a abouti”
Député Les Républicains de la Sarthe, Jean-Carles Grelier défendra la proposition de loi de santé de l’opposition, inscrite dans une niche parlementaire le 11 octobre prochain, basée sur la prévention, la souplesse et la simplification. Il explique la philosophie de cet “objectif santé 2022”, loin du grand soir dont les médecins sont fatigués, mais une révolution douce fruit d’un an d’auditions et de rencontres sur le terrain.

 

Egora.fr : Avec une vingtaine de parlementaires de votre groupe Les Républicains, vous présentez une proposition de loi “visant l’orientation pour l’avenir de la santé”. Quelles en sont les principes directeurs ?

Jean-Carles Grelier : Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, a ouvert de très nombreux chantiers depuis 17 mois, aucun n’a jusqu’alors abouti. On nous annonce un programme pour l’hôpital qui devait intervenir au printemps, puis à l’été et enfin au 18 septembre… Il nous a semblé intéressant de pouvoir être force de proposition sur un sujet qui, à mes yeux, est totalement transversal et qui est sans doute celui qui concerne le plus les Français. Ce travail est le fruit de plus d’un an de consultations, d’auditions, de rencontres avec l’ensemble des professionnels de santé. Nous avons essayé de repenser le système de santé, sans lui imposer de révolution dans ses modes d’organisation, mais en partant de constats de bon sens pour trouver des solutions, toujours de bon sens. C’est à dire d’essayer de repenser l’ensemble de l’organisation de notre prise en charge en plaçant le patient au cœur du dispositif. L’un des objectifs que nous nous sommes fixés, est de déterminer comment le patient peut être pris en charge le plus vite et le plus près de chez lui par un professionnel de santé.

Le premier chapitre de cette proposition de loi est consacré à la prévention. Je pense qu’aujourd’hui, la prévention est totalement oubliée, elle est bien plus que le parent pauvre de la médecine en France, y compris dans le vocabulaire. Il faut remettre la prévention au cœur des choses, elle n’est pas aujourd’hui un enseignement obligatoire sanctionné par un examen dans les facultés de médecine, elle n’est pas enseignée dans les établissements scolaires et c’est un manque criant. Il faut que l’on fasse de la prévention, autre chose que de temps en temps, une campagne de vaccination, de temps en temps, une campagne contre les risques, du type hypercholestérolémie, diabète, hypertension artérielle : autant de maladies qui pourraient être prévenues avec des campagnes de prévention un peu efficaces d’ailleurs.

Durant sa campagne, le président de République a présenté la prévention comme l’alpha et l’oméga de son programme en santé. Vous n’y croyez pas ?

Comme souvent, c’est-à-dire comme tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 20 ou 30 ans, nous avons eu deux mesures phare : l’augmentation progressive du prix du tabac pour atteindre 10 euros et l’extension de la vaccination obligatoire à 11 vaccins – je reconnais qu’il fallait du courage pour l’imposer – mais ça s’est arrêté là. Aujourd’hui…

la prévention dans notre pays n’est pas gouvernée. Il y a 7 départements ministériels qui se partagent le budget que l’Etat y consacre, il y a 12 organismes infra ministériels, dont Santé publique France, qui se partagent les actions et rien n’est coordonné. Celui qui traite du cancer du sein ne parle pas à celui qui s’occupe de tabagisme ou d’alcoolisme par exemple. On a besoin de mettre de la gouvernance. Sans rien bouleverser ni mettre de moyens supplémentaires, il suffit de dire, comme nous le proposons dans cette PPS, que Santé publique France devient une agence interministérielle placée sous l’autorité du Premier ministre, le seul organisme à pouvoir engager les 6,9 milliards d’euros qui sont inscrits tous les ans dans le budget de l’Etat au titre des actions de prévention et le seul à pouvoir gérer les budgets que l’assurance maladie y consacre. Et là, nous aurons quelque chose qui va commencer à devenir cohérent, simplement parce qu’il y aura une évaluation. Aujourd’hui, aucune évaluation n’est faite des campagnes de prévention. La plupart du temps, l’Etat délègue au monde associatif le soin d’aller faire des actions de prévention sur le terrain, aux bénévoles de la Ligue contre le cancer ou de la lutte contre le sida par exemple…

 

Alors, vous voulez centraliser ? Vous êtes un centralisateur ?

Non. Surtout pas, il faut être au près du terrain, mais il faut que tout cela soit gouverné. Il faut fixer des objectifs, qui seront validés par le Parlement; l’agence de prévention devra présenter chaque année un bilan de ses actions et des effets en termes de santé publique. Et puis, il faudra apporter la démonstration à Bercy -qui en doute toujours, qu’une vraie politique de prévention, c’est forcément des économies sur les dépenses d’assurance maladie. Et puisque le DMP va enfin sortir au mois d’octobre, je propose qu’il comporte un volet prévention. Imaginez qu’aujourd’hui, le médecin de PMI ne parle jamais au médecin scolaire, le médecin du travail ne s’adresse pour ainsi dire jamais au médecin traitant. Tout est compartimenté, sans aucune communication. Nous proposons que dans le DMP, toutes les actions de prévention soient inscrites, de la néonatologie jusqu’à la fin de vie. La, on aura réellement quelque chose d’efficace.

 

L’actualité, c’est aussi la fin annoncée du numerus clausus et du concours du Paces. Qu’en pensez-vous ?

Ne prenons pas les choses à l’envers. Evidemment, quand on voit tous ces jeunes qui, pour certains, ont vraiment la vocation, et qui échouent à la fin de leur deuxième première année d’études, c’est une véritable catastrophe. Mais pour autant, c’est dans leur ensemble qu’il faut reconsidérer les études médicales. On ne peut pas un jour annoncer la suppression des ECN et le lendemain, un contrôle des connaissances à la fin de l’année de Paces. Il faut que tout cela soit remis en cohérence et nous devons adapter la formation de nos médecins à l’évolution du monde. Aujourd’hui, les facs de médecine ne préparent pas nos futurs médecins à l’arrivée de l’intelligence artificielle, aux moyens diagnostics proposés par le numérique. Et les médecins ne peuvent pas être les seuls sur lesquels il faut se pencher. J’insiste beaucoup sur…

le fait que nous avons beaucoup de professionnels de santé de qualité, ils doivent tous être intégrés dans la filière universitaire car on aura beau supprimer le numerus clausus ou le laisser continuer à augmenter dans les années prochaines, rien ne nous permet d’être certains que ces jeunes se dirigeront vers la médecine ambulatoire. Donc, nous aurons de plus en plus besoin de professionnels de santé autres que des médecins. Je propose aussi que soit créée autour de chaque faculté de médecine, une conférence pédagogique qui réunira tous les formateurs des différentes disciplines de toutes les professions de santé. Les programmes doivent être mis en cohérence et les étudiants doivent se rencontrer entre eux car ils devront travailler ensemble pour assurer une vraie présence sur le terrain.

 

Pour l’accès aux soins, vous vous intéressez aux CPTS (Communauté professionnelle territoriale de santé) issues de la loi de Santé intronisée par Marisol Touraine. Comment les envisagez-vous ?

Oui, j’aime beaucoup ces dispositifs que j’ai renommé des villages de santé car je propose de les améliorer pour qu’au fil du temps, ils rassemblent toutes les structures existantes. Dans ces villages, plutôt que de construire des maisons pluridisciplinaires, qui peuvent être efficaces mais parfois ne le sont pas, les collectivités locales pourraient s’investir dans la création d’un réseau de professionnels. Il ne s’agit pas de leur imposer d’exercer tous dans un même lieu, mais au contraire de les aider à constituer un réseau permettant au patient d’avoir accès le plus rapidement et le plus près de chez lui, à un professionnel de santé.

 

Votre mot, c’est souplesse et simplification…

C’est absolument majeur. Toutes les réformes que l’on a connues dans le secteur de la santé ces dernières années n’ont visé qu’à complexifier les choses, les rendre plus coercitives. On a lassé les professionnels de santé avec tout cela. Il faut leur redonner de l’air. Lorsque je leur propose de se constituer en réseau, je ne fixe pas de charte. Laissons les professionnels de santé s’organiser entre eux, mais aidons-les à constituer le réseau avec les moyens des collectivités locales, à se doter d’une coordination et d’un système informatique commun. Ces villages de la santé, il faut qu’on arrive à les multiplier dans les territoires. Et regardons autrement les professionnels de santé : une infirmière peut tout à fait prendre en charge un enfant fiévreux, pas besoin d’aller aux urgences s’il n’y a pas de médecin disponible; un pharmacien à Bac + 5 n’est pas qu’un marchand de pilules… Imaginez qu’aujourd’hui, une infirmière ne peut pas faire une prescription de sérum physiologique, alors que vous et moi pouvons l’acheter en grande surface.

 

C’est surtout les médecins qu’il faut convaincre …

Mais le président de l’Ordre des médecins, le Dr Patrick Bouet, est tout à fait sur la même longueur d’onde que moi ! Il y a quelques ronchons ici ou là, parmi les syndicats médicaux. Mais…

ils vont y venir. La génération des nouveaux médecins le demande. Ils ne veulent plus de l’exercice isolé, il demandent une vraie coopération et pas uniquement avec d’autres médecins. C’est ce que nous leur proposons de faire. Il faut voir la quantité d’argent public déversée dans des incitations ou la construction de bâtiments pour de futurs médecins !  Et regardons l’efficacité de ces dispositifs dont l’évaluation n’a jamais été faite !

Si on propose demain plus de liberté, plus de coopération, des moyens pour travailler en réseau, on arrivera à construire quelque chose. Tant qu’on n’aura pas réformé les études médicales, tant qu’il ne restera que la médecine générale pour les candidats en bout de classement des ECN et qu’on menacera les étudiants de finir médecins généralistes s’ils sont mauvais, on n’aura pas de médecins de proximité quand bien même on augmentera le numerus clausus. On ne sait plus attirer les jeunes vers cette médecine de proximité qui a fait l’honneur de générations de médecins.

 

Cinq chapitres pour réorienter l’avenir de la santé
Outre les domaines explicités par Jean-Carles Grelier – prévention, formation et accès aux soins, la proposition de loi Les Républicains explore aussi ceux de l’accès à l’innovation et du financement, basé sur les parcours de soins, à partir de la carte Vitale du patient.
La PPL affiche son intention de faciliter l’accès à l’innovation et notamment l’utilisation des données de santé en allégeant les “contraintes administratives dissuasives” qui pèsent aujourd’hui sur les acteurs du système de santé.
En matière de financement, la proposition de loi oblige le Gouvernement à présenter au Parlement un projet de loi de programmation en santé et aborde la question du financement des établissements de santé sur la base d’un parcours de soins pour les pathologies qui s’y prêtent, “géré par le patient à partir de sa carte Vitale”, dans un objectif de sortie du tout T2A “et de l’hospitalo-centrisme qui a prévalu ces dernières années”.Enfin, la PPL propose de fixer annuellement le panier des garanties collectives prises en charge par les contrats collectifs d’assurance complémentaire, qui aujourd’hui “varient considérablement d’une entreprise à l’autre et d’un salarié à l’autre, le plus souvent en fonction de la taille de l’entreprise”. 

Source : www.egora.fr

Auteur : Catherine Le Borgne

2018-09-13T10:19:14+00:0013 septembre 2018|EGORA news|0 Comments

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