//“L’homéopathie fait économiser de l’argent à la sécurité sociale” 22

Il en a gros sur la patate. Le Dr Mourad Benabdallah est généraliste homéopathe, installé à Arras en secteur 2 depuis 33 ans. Il est également enseignant en homéopathie depuis 30 ans et coordinateur du DU homéopathie à la faculté de Lille 2 depuis 20 ans. Mais ça c’était avant. Cette semaine, le doyen de médecine la faculté de Lille a annoncé la suspension du DU homéopathie dans sa fac en attendant la position de la Haute Autorité de Santé sur le sujet.

 

Egora.fr : Comment avez-vous appris la décision de suspendre les cours d’homéopathie dans la faculté de Lille 2?

Dr Mourad Benabdallah : J’ai appris cette décision en lisant La Voix du Nord, dimanche matin. La rentrée était prévue mi-octobre. Je n’ai eu aucune discussion avec le doyen. Je n’ai eu qu’un message du secrétariat de la fac qui me proposait un rendez-vous avec un professeur de médecine interne qui avait donné des cours cette année. Je ne l’ai pas encore vu et je ne sais pas quel est l’objet de cette rencontre.

 

A qui s’adresse votre DU ?

Il s’adresse aux médecins, aux sages-femmes et au pharmaciens. Sur les cinq dernières années, il y a eu 70 personnes diplômées. Des centaines depuis que j’enseigne.

 

Comment vous positionnez-vous dans le débat autour des “fakemed” (médecines alternatives NDLR) qui agite la Toile ?

Je me positionne d’abord en tant que médecin. Je pense que quand un sous-groupe se targue de…

connaître la vérité et devient presque agressif contre le reste du groupe, ça m’inquiète.

 

Mais que répondez-vous à leurs arguments, notamment celui selon lequel l’homéopathie n’est pas une discipline scientifique ?

Il faut revenir sur le terme scientifique. Un fait scientifique est un fait reproductible et pas forcément un fait que l’on peut justifier avec les données actuelles de la physique et de la biologie notamment. L’homéopathie, au départ, est une médecine expérimentale basée sur l’observation. C’est un peu comme le principe de la vaccination. Pour ces faits on peut dire que c’est reproductible parce qu’il y a une efficacité clinique qui perdure depuis 200 ans. Sinon les gens auraient laissé tomber depuis bien longtemps.

 

Pouvez-vous revenir sur le parallèle avec la vaccination…

En clair, le principe de la vaccination est de distiller de faibles doses de virus, bactéries ou éléments figurés pour susciter une réaction immunitaire et permettre de pouvoir faire face quand on est confronté à la véritable bactérie ou au véritable virus.

En homéopathie, c’est le principe de la similitude. Si par exemple, vous êtes piqué par une abeille qui va déclencher une lésion inflammatoire rosée, douloureuse et gonflée, le fait d’utiliser le venin de l’abeille, de le diluer et le préparer de façon homéopathique, va entraîner au niveau de l’organisme…

la réaction contraire et les défenses de l’organisme vont s’enclencher plus vite. En parallèle en cas de poussée d’urticaire, d’eczéma ou d’œdème, le médicament homéopathique sera Apis, l’abeille.

 

Les débats sur les “fakemed” et la remise en cause de l’homéopathie sont entrés dans la sphère grand-public. Comment vivez-vous cela en tant que médecin généraliste homéopathe avec vos patients ?

Au quotidien, je le vis bien avec les patients. Les patients sont surpris, scandalisés et prêts à signer des pétitions pour nous soutenir quoi qu’il advienne. Pour eux, ce qui compte c’est le résultat. On a les mêmes familles depuis 30 ans.

On est médecin généraliste avant tout. Le fait de donner de l’homéopathie c’est le point d’orgue de notre consultation. Nous le décidons en notre âme et conscience. Nous ne donnons pas que de l’homéopathie. Nous donnons de l’allopathie quand c’est nécessaire, nous prescrivons des examens complémentaires… Bref nous faisons du boulot de médecin généraliste. Un tiers des patients sont adressés par leur médecin traitant. Nous avons d’excellents rapports avec tous les médecins, les spécialistes, les radiologues… On se téléphone, on s’écrit… Le fait de donner un traitement homéopathique n’est pas une démarche unique. Cela peut-être aussi une première intention. Dans tout ce qui est aigu, banal et d’apparition récente comme les premiers symptômes d’une grippe d’une gastro ou d’une rhino, donner de l’homéopathie permet de ne plus revoir les patients après 48 heures. En termes d’infectiologie, on en revoit que 20%. Ces patients là vont venir chercher naturellement de la cortisone, des antibiotiques ou des examens complémentaires. Nous sommes médecins avant tout.

 

La décision attendue de la Haute Autorité de Santé ne serait-ce pas finalement un bon moyen de trancher ? Qu’attendez-vous de cette décision ?

Nous attendons qu’elle tranche et qu’elle étudie les faits cliniques mais cela va être très difficile. Comment voulez-vous…

évaluer une thérapeutique sur un symptôme alors que l’homéopathie est un médicament pour tout l’organisme. Il englobe le symptôme mais aussi tout un ensemble de phénomènes qu’ils soient fonctionnels, de comportement. Ces phénomènes sont à prendre en compte pour que le traitement soit bien efficace. La définition de la bonne santé selon l’OMS est un état de bien-être. Un traitement homéopathique aide la personne à retrouver son équilibre.

Si on compare deux cohortes de personnes, cela a été fait dans une étude (EPI3 NDLR) dans laquelle deux groupes de 8000 patients ont été comparés.  L’un était soigné par de l’allopathie et l’autre par de l’homéopathie. Sur les pathologies courantes, il y avait dans chaque groupe autant de gens satisfaits et guéris. Dans le groupe homéopathie, il y avait moitié moins de prescriptions d’antibiotiques, d’antidépresseurs et d’antalgiques. Cela correspond à notre activité. La sécurité sociale est contente de nous. Les patients viennent moins souvent et consomment moins de médicaments allopathiques. Et ils ne vont pas plus mal que les patients soignés par des généralistes classiques.

 

L’étude que vous évoquez a été financée par Boiron…

Oui c’est vrai. Il faudrait refaire la même étude financée par quelqu’un d’autre. Je ne veux pas entretenir la guéguerre mais du côté allopathique il y a beaucoup d’études qui sont financées par les laboratoires.

 

Le déremboursement de l’homéopathie n’est donc selon vous pas une solution ?

Non, puisque l’homéopathie fait économiser de l’argent à l’Assurance maladie. Ça n’est pas juste. Le poids du médicament homéopathique dans les dépenses pharmaceutiques est à peine d’un ou deux pour cent. En 2004, Philippe Douste-Blazy, ministre de la Santé et cardiologue avait…

dit que l’homéopathie était une goutte d’eau dans l’océan des dépenses pharmaceutiques.

Ce qui est aussi positif dans notre façon de soigner est que l’on garde les patients plus longtemps en consultation, trente minutes en moyenne. Les médecins homéopathes sont des médecins gentils et normaux comme tous les autres. Ils font de la bonne médecine.

 

Pourquoi cette fronde contre l’homéopathie selon vous ?

Je ne sais pas ce qui leur prend. Ils n’ont pas autre chose à faire ? Ils ne peuvent pas dédramatiser un peu ? D’autant qu’ils sont anti-confraternels. Ca n’est pas bien pour les étudiants, pour les médecins et les patients.

 

Source : www.egora.fr

Auteur : Sandy Berrebi Bonin

2018-09-10T10:58:55+00:0010 septembre 2018|EGORA news|0 Comments

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