//Innovation : ils veulent redonner à la France son leadership dans la compétition mondiale

Malgré la grande qualité de sa recherche et de son système de santé, la France est de moins en moins perçue comme une terre d’innovation en santé. A partir de ce constat paradoxal, l’Institut Montaigne propose dans un rapport, une reconquête en quatre axes d’action.

 

“Nous pensons que le contexte économique et politique actuel est propice à une nouvelle vision du sujet et à des réformes de fond pour construire une filière industrielle créatrice d’emplois”, écrit le Pr Claude Le Pen, économiste de la santé, et rapporteur avec André-Michel Ballester (LivaNova) du groupe de travail “Faire de la France la première Health Innovation Nation”. Une quarantaine de décideurs du secteur a été interrogée par la quinzaine de membres du groupe de travail constitué au sein du Think tank.

 

Un Pacte Santé innovation 2025

Quatre leviers sont identifiés : former et attirer les meilleurs talents pour faire émerger et développer l’innovation ; faciliter les connexions entre les acteurs à tous les niveaux ; améliorer l’accès aux financements pour les entreprises innovantes comme pour la recherche ; établir un environnement réglementaire propice à un accès rapide et sécurisé du patient aux meilleures innovations. Autant d’engagements que les auteurs proposent de formaliser dans un Pacte Santé innovation 2025, dont la construction marquerait “‘un changement d’état d’esprit” en coordonnant les efforts des ministères de la Recherche, de la Santé et de l’Industrie. Trois familles d’innovations seraient sélectionnées : les médicaments, les dispositifs médicaux et la santé numérique.

Le think tank pose comme première condition, le recrutement des meilleurs profils dans un contexte de compétition internationale accrue. Or, pour la recherche publique, le pays manque d’attractivité du fait de la faiblesse des salaires proposés, ce qui pousse nos chercheurs hexagonaux à partir à l’étranger. Ce sera donc un gros effort qu’il faudra faire de ce côté-là.

Le secteur est aussi marqué par l’absence de fluidité et de pluridisciplinarité au sein des carrières académiques. La France se caractérise par l’existence d’une “brèche entre la formation dans les universités et la recherche, et par une forte spécialisation des études qui ne répond pas aux besoins en termes de transversalité et de pluridisciplinarit锑, peut-on lire.

Il faudrait également développer et adapter les filières de formation face à une évolution rapide des besoins et des métiers.

 

Exemples locaux et internationaux

Le groupe encourage donc les établissements universitaires à développer des formations pluridisciplinaires en sciences de la vie et adapter les filières de formation en priorité dans quatre secteurs-clés : les biotechnologies, les dispositifs médicaux, la santé numérique et les données de santé. Le développement de l’attractivité des carrières des chercheurs serait rendu possible par une plus grande flexibilité dans les niveaux de salaire, le déroulement des carrières et les passerelles avec le secteur privé.

Deuxième levier : les synergies, ce qui revient à créer un écosystème puissant et visible.

Les membres du Think tank s’inspirent d’exemples locaux et internationaux. Dans notre pays, ils citent la métropole lyonnaise, qui compte une douzaine d’entreprises spécialisées en science de la vie. La création des Pôles de compétitivité, en 2005, a conduit à l’implantation à Lyon, de LyonBioPôle, un Pôle d’envergure mondiale en sciences de la vie, agrégeant un grand nombre d’acteurs des sciences du vivant et le de la santé. A l’étranger, c’est Boston dans l’Etat du Massachussets, qui est citée en exemple.

 

Création d’écosystèmes locaux de pointe

Les membres du Think Tank estiment qu’il faut évaluer et concentrer l’allocation de 4,9 milliards d’euros prévus par le plan d’investissement pour la santé. Et pérenniser l’action et les financements des IHU, portés par les ministères de la Santé et de la Recherche. Enjeu : renforcer ce rôle de catalyseur pour favoriser la création d’écosystèmes locaux de pointe, capables d’assumer le rôle de hubs régionaux spécialisés dans leurs secteurs, visibles et compétitifs.

Le troisième levier est représenté par les financements. Actuellement, l’innovation biomédicale bénéficie du soutien financier d’acteurs publics en matière de recherche fondamentale et clinique, d’incitation à la recherche et développement dans les entreprises, et de fonds d’amorçage en faveur des startups. Un soutien fondamental pour les entreprises, car l’innovation biomédicale est largement le fait de petites structures.

L’Institut Montaigne préconise de concentrer les moyens et renforcer le pilotage de la recherche publique. Car si notre pays dispose d’un écosystème de recherche performant lié à la qualité des organismes de recherche ainsi qu’à la forte intégration de soins et de la recherche via les CHU depuis 60 ans, sa force est amoindrie par l’absence de stratégie globale et de définition d’axes prioritaires de financement de l’innovation biomédicale alors que de nombreux acteurs publics interviennent dans le financement de la recherche, qui agissent de manière autonome.

 

Les conséquences de ces résistances pourront être dramatiques

Prenant pour exemple le grand programme de recherche sur le microbiote aux Etats-Unis, le think tank désigne une priorité d’avenir sur laquelle investir : l’antibiorésistance, où aucune innovation majeure n’est intervenue depuis au moins deux décennies, alors que les conséquences de ces résistances pourront être dramatiques.

Il faut également, assurer la croissance des startups à l’échelle nationale et internationale.

Enfin, le groupe de réflexion plaide pour l’établissement d’un environnement réglementaire propice à un accès rapide et sécurisé du patient aux meilleures innovations, qui permettrait de fluidifier les nombreux blocages qui se font jour tout au long du parcours de l’innovation : recherche fondamentale, essais cliniques, enregistrement, évaluation, fixation du prix et enfin, mise à disposition pour les patients. “La réglementation est perçue comme l’un des freins majeurs au développement de l’innovation en santé dans notre pays”, écrivent les rapporteurs estimant, en outre, que les ressources, les missions et le fonctionnement des agences ne paraissent plus adaptés aux enjeux actuels.

Ils demandent une stabilisation de l’environnement réglementaire par le biais d’une vision stratégique à long terme, et, après audit, une réforme en profondeur des agences dédiées, à commencer par l’Agence nationale de sécurité de médicaments (ANSM) pour “redonner son leadership à la France dans la compétition mondiale”.

Ils estiment enfin que la gouvernance et les critères d’évaluation de la Haute autorité de santé doivent être repensés pour davantage de lisibilité et d’efficacité.

 

Source :
www.egora.fr
Auteur : Catherine le Borgne

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2018-07-16T19:36:23+00:0016 juillet 2018|EGORA news|0 Comments

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