//« L’été pourrait bien être chaud, dans les prisons et dans les hôpitaux aussi »

Alors qu’Agnès Buzyn vient d’informer que la réorganisation du système de santé ne serait pas présentée avant la rentrée, tout le monde reste sur sa faim. Et la médecine ambulatoire redoute que la priorité budgétaire donnée à un hôpital en crise, ne se fasse au détriment de l’esprit réformateur de la ville.

 

Les signes avant-coureurs d’une crise aiguë sont légion : ici, c’est l’ARS d’Ile de France qui affiche, sur son site, une situation en juillet et août où 1 242 plages de garde ne seront pas remplies. Tous les hôpitaux seront touchés y compris les plus grands. Ailleurs, les responsables hospitaliers font le même constat et colmatent les trous comme ils peuvent, par la constitution d’un pool de volontaires retraités, le recours aux heures supplémentaires, l’appel au secours de la réserve sanitaire… « Si j’ai un absent, un arrêt maladie impromptu, je n’ai pas de solution », témoignait Frédéric Adnet, le chef du service des urgences de l’hôpital Avicenne de Bobigny (Seine Saint Denis) sur France Bleue.

En Mayenne, « pays » du Dr Duquesnel où il organise la PDSA, le directeur d’hôpital, référent du GHT sur le département, reconnait qu’il a lui aussi des plages de garde non remplies à l’hôpital de Laval. Et se tourne vers la permanence des soins de la ville pour y trouver une solution. Mais quelle solution, sachant que « les organisations de garde sont déjà en place, et les tableaux de garde, déjà remplis ? De plus, à l’inverse des services d’urgence, la PDSA est fondée sur une régulation de tous les appels et, en moyenne, seulement un appel sur quatre est adressé aux médecins effecteurs », rétorque Luc Duquesnel.

Or, cette crise de l’hôpital risque bien de s’imposer comme une priorité pour le gouvernement, alors que la ville attend elle aussi beaucoup de la grande réforme annoncée d’abord en juin, puis repoussée désormais à septembre. « Notre crainte, c’est que la priorité, ce sera l’hôpital car il y aura une urgence à résoudre », confie Luc Duquesnel. Dans ces conditions, l’attente de la ville – des moyens pour se réorganiser – pourrait bien passer après, alors que sur le terrain, « les projets foisonnent. Les médecins comprennent qu’il faut changer nos organisations. J’entends parler partout de l’article 51 (article du budget de la sécurité sociale 2018 permettant les expérimentations organisationnelles et tarifaires), je n’ai jamais vu cela…  » témoigne-t-il. « J’ai bien peur que tout cela passe à la trappe pour des raisons de contrainte budgétaire ». Le patron des Généralistes de la CSMF confie qu’on ne sent pas, du côté du gouvernement, « la volonté d’investir, dans un premier temps, pour avoir ensuite un retour sur investissement. Aucun signe ne nous le laisse croire ».

« Etudes gratuites »

Or, si tel était le mauvais scénario, voilà qui entrerait en parfaite contradiction avec le discours tenu par le gouvernement depuis son arrivée au pouvoir, sur la nécessité d’une réorganisation de l’ambulatoire, dans le but d’accompagner une diminution des hospitalisations par une prise en charge adaptée.

C’est donc dans ce contexte d’attente, alors que tous les warnings s’allument les uns après les autres à l’hôpital, que le président de France Assos Santé (ex CISS), Alain Michel Ceretti, a lancé un scud contre la médecine libérale, et leurs symboles, les libertés d’installation et d’honoraires. A priori, sans véritable raison.

Avec une série d’arguments à côtés de la plaque, voire inexacts, ressortant le coup des « études gratuites », des zones à la démographie excédentaire où les médecins continuent à s’entasser, refusant de voir la situation de pénurie médicale de la capitale. Ou encore, brocardant des dépassements de 70 euros… Sûrement pas du côté de généralistes de secteur 1… « Franchement, nous n’avons pas compris pourquoi cet homme à la rhétorique plus brillante habituellement, a lancé cette offensive éculée et populiste contre la liberté d’installation. S’y attaquer n’a aucun intérêt puisqu’il n’y a pas de zones sur dotées », répond Luc Duquesnel.

En matière de démographie médicale, lui, promeut le principe du zonage des spécialités qui serait réalisé par les ARS, permettant de désigner les bassins de vie où pourront s’appliquer les mesures d’aides conventionnelles et liées au pacte territoire santé. Aujourd’hui, le zonage est effectif pour la médecine générale, les chirurgiens-dentistes et les infirmières, mais c’est tout.

« L’idée d’une extension à d’autres spécialités médicales nous a toujours été refusée », regrette le président des Généralistes de la CSMF. Pour lui, si, pour les médecins généralistes, la référence démographique est le bassin de vie, le département serait, dans les territoires ruraux, la bonne échelle pour bon nombre d’autres spécialités. Ainsi, ces médecins pourraient s’installer dans les villes les plus grandes de ces départements tout en bénéficiant des aides conventionnelles à l’installation.

La finalité de ce zonage départemental pour certaines spécialités sera de permettre l’accès dans certaines zones du territoire et non pas, comme l’induirait la fin de la liberté d’installation, de préserver les revenus dans des zones où ces spécialités commencent à être en sur densité…  « Le zonage, voilà le type de mesures que l’on attend pour les spécialités de deuxième recours, pas les interdits de M. Ceretti », tacle Luc Duquesnel.

2018-07-10T15:38:07+00:00 10 juillet 2018|EGORA news|0 Comments

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