//Paces, ECN : « Tout le monde ne rentrera pas en médecine, c’est pas open bar »

Le rapport est sur le bureau de la ministre de la Santé. La réforme du 2ème cycle des études de médecine, au programme de l’année 2018, a fait l’objet d’une vaste concertation menée par le président de la Conférence des doyens de facultés de médecine, le Pr Jean-Luc Dubois-Randé. Sixième année recentrée sur les stages, ECN revus et corrigés, mais aussi suppression des redoublements en Paces… Le point sur les bouleversements à venir.

 

Egora.fr : Quels sont les enjeux de votre rapport ?

Pr Jean-Luc Dubois-Randé : D’abord, revaloriser les compétences par rapport aux connaissances. La 6ème année sera une année de stages et non plus d’examens. Au cours de cette année pré-professionnalisante, les étudiants prépareront leur spécialité et testeront plusieurs approches d’une discipline. Ça permet de brasser la formation avant de rentrer dans un 3ème cycle très spécialisé. Et ça peut aussi éviter des erreurs d’aiguillage.

En parallèle, il faut alléger ce corpus pharaonique de connaissances ; ce qu’on exige des étudiants en fin de 2ème cycle et ce qu’on attend d’eux dans le 3ème cycle, ce n’est pas la même chose.

Ensuite, il s’agit de valoriser les parcours. Il ne faut pas enfermer les étudiants dans le bachotage d’un concours. On veut des étudiants qui puissent faire autre chose que de la formation médicale, qui puissent avoir des doubles parcours dans différents domaines -sciences humaines, sciences, ingénieur, management…- pour être prêts au monde de demain.

 

 

Le point final, c’est d’unir connaissances, compétences et parcours personnalisés pour proposer, non plus des épreuves classantes, mais une approche de type appariement –matching– entre candidatures et postes d’internat. Ça se fait au Québec et aux Etats-Unis.

Il s’agit donc de supprimer les ECN telles qu’elles existent ?

Oui. Dans un premier temps, on propose de les modifier car aujourd’hui, ce sont des questions très proches du 3ème cycle. On aurait un premier examen sur les notions clés et un deuxième examen sur des notions de spécialités pour orienter les étudiants vers le 3ème cycle. On resterait dans une approche quantitative, avec notes et classement.

Progressivement, dans un deuxième temps, on testerait une plateforme de matching, avec une approche plus personnalisée d’une candidature et d’un poste. Un portfolio rassemblerait les notes, les compétences validées et le parcours, qui fait que sur un poste donné un candidat peut être supérieur à un autre.

La suppression des ECN fait craindre à l’ISNCCA*, notamment, un « retour au favoristisme » et une inégalité entre facs de médecine…

La réforme a été largement plébiscitée par l’Anemf. Aujourd’hui, de toute façon, le système des ECN est particulièrement inégalitaire. Paris 5, 6, 7 sont en tête chaque année. C’est un faux-semblant de penser que parce qu’on passe un examen national tous ensemble, on partage la même formation.

 

 

L’approche par compétence restera nationale et pour l’approche connaissances on gardera un examen : la question de l’hétérogénéité des facs se serait posée si on avait eu un contrôle continu.

Pour le parcours, les réserves portent sur le nombre de masters supérieur à tel endroit par rapport à un autre. Ça demande des aménagements, c’est plus un problème d’organisation entre facs ; il y a des choses qui peuvent se faire en distanciel maintenant.

Est-il question dans votre rapport de supprimer la Paces, comme le mentionne le communiqué de l’ISNCCA ?

Non, ce n’est pas l’objet de ce rapport sur le 2ème cycle.

Ça fait référence au rapport de Jean-Paul Saint-André [novembre 2016, NDLR], qui propose de généraliser les expérimentations alter-Paces pour diversifier les parcours d’entrée en médecine. Un certain nombre de facultés [Paris-V, Paris-VI, Paris-VII et Paris XII, Brest et éventuellement Lille, NDLR] veulent expérimenter une Paces en un an, considérant que le redoublement est une perte de temps, qu’il coûte cher aux étudiants, et qu’au bout du compte on ne fait que repêcher ceux qui étaient sous la barre en première année. Le calendrier proposé, c’est 2018. Après, il y a des éléments administratifs et juridiques qui peuvent jouer.

L’annonce de la suppression du redoublement dans ces facs a provoqué un vent de panique sur les réseaux sociaux. Les étudiants ont peur d’être privés d’une seconde chance et de subir une pression encore plus forte en 1ère année. Que leur répondez-vous ?

La pression en 1ère année, aujourd’hui, c’est le fait que les redoublants ont un avantage. Quasi tous les étudiants se tapent deux ans pour y arriver… et encore, pas tous ! Il y a un prix humain qui est considérable.

Dans ce projet, on réserve 30% du numerus clausus à la voie alterne. Ceux qui échouent ont quand même la possibilité de re-rentrer dans le système après avoir passé une licence. La deuxième chance, ils l’auront. Ça va donner à ces étudiants une couleur intéressante.

Mais finalement, il y aura des places en moins pour la voie principale…

Il y aura des négociations. Moi j’ai augmenté le numerus clausus pour l’alter-Paces.

Et pour l’année transition ?

L’augmentation du numerus clausus est prévue. On ne peut pas sacrifier une génération.

 

 

Autre crainte des étudiants : les étudiants qui ont échoué à la Paces et entreront en droit, en lettres ou en sciences humaines auront-ils autant de chances via la voie alterne que ceux qui viennent d’une école d’ingénieurs ?

Ils auront autant de chances. Après, tout le monde ne va pas rentrer. Au moins, ils auront une licence alors qu’aujourd’hui, ceux qui échouent n’ont rien! C’est pas open bar, tout le monde ne rentrera pas en médecine. C’est une profession régulée, quand même. Même si le numerus clausus a plus que doublé en dix ans.

Il y a beaucoup de craintes, mais à chaque fois qu’on bouge quelque chose, tout le monde a peur, par principe.

Un certain nombre de places du numerus clausus seront attribuées aux reçus-collés de 1ère année au terme d’un oral. Pourquoi ?

C’est un oral construit sur des grilles reconnues sur le plan international, qui sont déjà utilisées à Angers. Ça permet de cibler, au-delà des connaissances, des aspects de compétences, des aspects relationnels qui constituent un élément intéressant de recrutement des étudiants. L’origine sociale ne fera pas la différence, au contraire. Par contre, le concours aujourd’hui fait de la discrimination sociale.

Que proposez-vous concernant les étudiants européens qui ont zéro aux ECN et exercent néanmoins en tant qu’internes ?

On reprend une proposition déjà faite par la Conférence des doyens : que tous les étudiants, y compris les Européens, passent le certificat de compétences cliniques avant l’entrée en 3ème cycle. Ça permet d’avoir un filtre connaissances ET compétences. Car certains étudiants européens voient très peu de malades, au contraire des étudiants français. Dans d’autres pays, les facs choisissent leurs candidats. Il n’y a que la France où c’est une passoire pareille ! On se retrouve avec des étudiants qui ont zéro, ne parlent parfois pas très bien le français et ne sont pas compétents. Qu’est-ce qu’on fait de ça? Soit on attend un accident, soit on anticipe et on valide les compétences avant d’entrer dans le 3ème cycle.

 

 

Quelles sont les autres mesures fortes de ce rapport ?

Il y a le fait que le premier cycle ne soit pas centré uniquement sur l’hôpital mais permette de tester les différents modes d’exercice et de valoriser la médecine de ville. On privilégie aussi les stages plein temps plutôt qu’à mi-temps pour que l’étudiant soit vraiment intégré dans l’équipe et que l’accent soit mis sur la compétence.

 

Paces en 1 an, mode d’emploi

A l’issue des examens de fin de semestre, jusqu’à 60% des places du numerus clausus seront attribuées directement aux meilleurs étudiants. Les étudiants suivants dans le classement passeront un oral, qui permettra d’attribuer au minimum 15% de places supplémentaires. Ceux qui échouent à l’oral mais ont néanmoins validé leur année (les « reçus-collés ») pourront intégrer une 2ème année de licence de leur choix et retenter, s’ils le souhaitent, d’intégrer les études de médecine par la voie alterne l’année suivante.
Les 25 à 30% de places restantes seront réservées aux étudiants issus de la voie alterne (2ème année ou 3ème année de licence), qui seront sélectionnés sur dossier et oral. L’acquisition d’UE complémentaires (par exemple, anatomie) pourra être demandée aux étudiants qui n’ont pas validé la Paces.
« Ces deux voies d’accès complètement indépendantes, et cumulables, totalisent bien 100% de chances d’accéder aux études de santé, comme c’était le cas auparavant », souligne l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf). Puisque, dans les faits, les doublants accaparent actuellement 60% des places du numerus clausus, ne laissant aux primants que 40% de chances.

 

* Inter syndicat national des chefs de clinique et assistants

 

Source :
www.egora.fr
Auteur : Aveline Marques

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2018-05-30T17:03:18+00:00 31 janvier 2018|EGORA news|0 Comments

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