//Faut-il souffrir pour pouvoir guérir ? La PACES divise les médecins

Les lecteurs d’Egora ont été nombreux à réagir au suicide d’une étudiante en PACES et aux témoignages d’étudiants qui ont été diffusés les jours suivants. Ils évoquent leurs drames personnels, leurs souvenirs et leur regard sur les difficultés d’aujourd’hui. Et les échanges ont été pour le moins animés.

 

La semaine dernière, une étudiante en PACES a mis fin à ses jours à Marseille. Les causes d’un suicide sont toujours complexes, mais le drame s’est produit au premier jour du concours et n’est hélas pas un cas isolé. Dans la foulée, de nombreux étudiants en PACES ont spontanément dénoncé la cruauté qu’ils subissaient au quotidien. Le hashtag #BalanceTaPACES s’est accompagné de témoignages saisissants. Vous avez été très nombreux à réagir aux articles traitant de ces sujets. Avec des avis très différents. Si certains blâment un système déshumanisé, dont la sévérité se renforce au fil des ans, d’autres au contraire rappellent la nécessité d’une sélection à l’entrée des études de médecine, qui doit aussi permettre de tester l’endurance des aspirants médecins.

 

LES RÉACTIONS

A 25 ans, ma fille a mis fin à ses jours

Par APEFE

J’ai un fils qui a fait Math Sup/Math Spé et une fille qui était plus forte que lui (mentalement et intellectuellement). Elle a fait médecine. Tous les deux ont eu mention Très Bien au Bac. Ma fille a loupé ses deux premières années de PACES dans une Fac sur Paris, elle en est ressortie totalement anéantie. Elle nous disait qu’elle n’était capable de rien et d’ailleurs à 25 ans elle a mis fin à ses jours. La destruction commence par cela.

Je rejoins totalement le fait qu’aujourd’hui on donne le Bac a tout le monde et que les difficultés du Bac sont moindres. On leur fait croire en plus qu’ils sont bons mais bons à QUOI ?

De plus le PACES est un concours par Fac mais toutes les Facs ne sont pas du même niveau et surtout les étudiants allant dans ces Facs sont de niveaux très différents également.

Le PACES devrait être National comme l’ECNi ou alors toutes les Facs devraient accepter des jeunes venant d’autres régions.

On ne peut pas dire avant c’était mieux ou moins bien, il y a des médecins avec qui je discute qui me disent que s’ils devaient passer le PACES ou même l’ECN, ils échoueraient. Alors un grand ménage doit être fait dans ce système mais hélas aujourd’hui ce sont des doyens d’un certain âge qui sont en charge de la refonte. Que vont-ils changer ? Rien car ils ne veulent pas perdre leur pouvoir !!!

 

C’est le prix à payer !

Par ALLHUT

La vie des étudiants PACES semble bien dure. Ils sont sans doute victimes d’un système qui permet d’entrer en faculté sans aucun préalable et avec un baccalauréat dont on dit qu’il est d’obtention assez facile (du moins sans mention).

Faut-il rappeler à ces étudiants que cette sélection, qui est brutale (au moins pour la médecine), est la même pour les grandes écoles d’ingénieurs et pour les grandes écoles de commerce, passant par une préparation de deux ans extrêmement difficile. Pour des élèves qui ont au moins une mention bien au bac ; les autres n’ayant quasiment aucune chance d’accéder au top 5 de ces écoles.

C’est le prix à payer pour accéder à des formations de haut niveau !

Cette sélection est-elle vraiment nouvelle ?

Si je me souviens bien, après le baccalauréat en 1962 (taux de réussite : environs de 55-60 %) , nous étions à Paris 3000 dans une année de faculté qui s’appelait PCB, et 500 de plus dans une autre année propédeutique qui s’appelait SPCN, encore plus scientifique. En cinquième année nous étions environ 500 (environ 15%). La sélection était la même qu’actuellement mais moins brutale, sur 6 ans, et aboutissait à des étudiants recalés définitivement en 5°année, ce qui n’est pas souhaitable non plus.

Dans ces deux époques, l’ancienne et la récente, la même exigence : une grosse puissance de travail à défaut d’être surdoué. Est-ce choquant ?

 

Rigolos, s’abstenir.

Par Pilou 100

Bac mention très bien il y a 40 ans.

À l’époque, sélection sur un premier cycle de deux ans.

Taux de réussite semblable à celui d’aujourd’hui.

Première année : les doigts dans le nez.

Deuxième année : redoublement ; pour quelle raison ? Pas assez bossé évidemment (ah les filles ! ah les filles !).

Que dire d’un deuxième cycle où la présence à l’hôpital et les gardes, se déroulent aux mêmes heures que les cours : rien. Il suffit de s’organiser dans un groupe de travail.

Certificats tous les deux mois et préparation de l’internat en simultané. Qu’en dire ?

La vie normale d’un étudiant en médecine.

Alors, un bon « tonus » de temps en temps, en salle de garde, avec copains et copines qui m’ont toujours paru être totalement mes égales et que je n’ai jamais entendu se plaindre de harcèlement. Pas de gêne pour renvoyer la balle. Des filles tout à fait normales en somme !

40 ans de médecine de campagne, seul, et souvenirs naturellement de quelques situations stressantes, mais jamais déstabilisantes. Il me semble même que ce métier a constitué un facteur d’équilibre en regard de plusieurs événements dramatiques que m’a amené ma vie privée.

Comme ceux qui faisait math sup puis math spé ou khâgne et hypokhâgne ou encore prépa aux grandes écoles de commerce il faut simplement connaître, avant de s’inscrire, les conditions nécessaires :

– bac scientifique avec au moins une mention bien

– grande capacité d’organisation

– capacité de travail très supérieure à la moyenne

– bonne résistance à la fatigue physique

– grande stabilité sur le plan émotionnel

– bonne structuration intellectuelle avec culture générale.

Rigolos, s’abstenir.

Mais ensuite, que de satisfactions au contact des maîtres pendant les études, au contact des patients pendant la vie professionnelle.

Et si vous voulez devenir riches, changer de projet : la médecine ne le permet pas. Elle permet « seulement » de vivre aisément.

 

Nous avons tous connu des étudiants qui se sont suicidés

Par Bozboz

Environ 12 000 suicides en France par an.

12 000 cas particuliers et 12 000 drames familiaux définitifs.

Comment les limiter ?

Comment pour de jeunes adultes apprendre l’échec après un cursus scolaire le plus souvent très brillant ?

Comment pour de jeunes adultes se mettre durant une ou deux années « en marge » avec un seul objectif : un concours ?

Comment rendre, en cas d’échec, moins traumatisante une expérience aussi longue avec une implication personnelle de tous les jours, de toutes les heures ?

Difficile de répondre si ce n’est en insistant sur la nécessité de maintenir du lien familial, social, durant ces années. Si ce n’est dans notre société, d’apprendre l’acceptation de l’échec, la culture du plan B, d’apprendre à connaître ses limites (mais chercher ses limites est le propre des jeunes gens), d’apprendre à continuer à avoir envie de vivre avec ses cicatrices.

Nous sommes tous des rescapés de la première année de médecine, nous avons tous durant notre long cursus connu des étudiants de notre promotion (de la promotion avant ou après) qui se sont suicidés. Et combien de confrères durant nos années d’exercice ?

Nous ne devons jamais décourager un étudiant qui veut débuter médecine, mais il est de notre responsabilité de l’informer sur les difficultés de ce concours, de tout concours, sur les conséquences psychologiques d’un échec, mais aussi sur les difficultés d’études longues au contact de la mort.

 

Ce concours est inutile et même dégradant

Par lolahc

Le concours n’est pas incontournable puisqu’il est régulièrement contourné par les médecins qui exercent sans l’avoir passé, qu’ils soient étrangers ou français à diplôme étranger.

Ce concours est inutile et même dégradant pour les jeunes. Il relève plus du bizutage violent que de la sélection sur la motivation ou les capacités intellectuelles. Quand on a 15,5 de moyenne, je pense qu’on est capable de devenir médecin et pourtant à Marseille en 2017 on est recalé. Cette épreuve (dans tous les sens du terme) laisse des blessures profondes y compris à ceux qui l’ont réussi. Je ne vois pas comment cela ferait de bons médecins pour demain capable d’affronter la souffrance humaine. Il n’est pas besoin de diplôme pour l’empathie, heureusement.

Votre analyse relève d’un bon vieux principe judéo-chrétien : in dolor veritas.

Je rêve !

 

La PACES est on ne peut plus humaine

Par Wazup

Je ne me permettrais pas de généraliser à partir de mon propre cas, je me contenterai de préciser que suis issu de la génération qui a vu le tout début de l’augmentation du Numerus Clausus, à l’époque ou le PACES s’appelait encore « la P1 ». (…)

On ne peut pas nier la souffrance auxquels sont confrontés les étudiants en PACES, la violence de la sélection à laquelle la plupart d’entre eux n’avaient jamais été confrontés jusque-là, surprotégés par un système éducatif qui les déconnecte complètement de ce que sera leur vie après le lycée (et encore d’avantage après les études). Ce n’est pas leur faute, même si j’ai tendance à penser que refuser toute idée de présélection à l’université n’est que reculer pour mieux sauter, et que perdre deux ans de sa vie pour un jeune adulte en étant broyé psychologiquement n’est pas se rendre service à soi-même.

J’entends l’opinion de ceux qui disent que le concours déshumanise les étudiants en PACES. Là aussi je pense qu’il n’est que le révélateur de ce qu’est l’être humain face à une situation de sélection : il y aura des gagnants, et ce sera toujours au détriment des perdants. On n’est donc pas là pour se serrer les coudes mais pour se démarquer des autres. Quoi de plus humain que cela ? Il n’y a qu’à allumer son poste de télévision pour voir que la sélection est partout, dans les domaines sportifs, « culturels », et j’en passe…

On voudrait sélectionner davantage de médecins sur des compétences humaines, intention louable… Mais on fait comment ? Le fait d’être un scientifique pur et dur n’empêche pas l’empathie, comme le fait d’être un littéraire n’empêche pas d’être un c******. De mon point de vue on n’est pas la même personne en PACES qu’à la fin de son internat, les médecins que nous sommes se sont construits petit à petit, au fur et à mesure des expériences auxquelles nous avons été confrontés, bonnes comme mauvaises. Certains deviendront des médecins compétents et empathiques, pendant que d’autres glisseront vers le coté obscur, souvent incapables de gérer leurs propres émotions face à la souffrance, la mort, la surcharge de travail… C’est comme ça que fonctionne l’être humain. Il n’est pas possible de décider qui sera un « bon » médecin ou non en première année (même avec un programme en sciences humaines digne de Khâgne !)

Je terminerai juste par dire : la PACES n’est que le début d’une TRES longue longue route, qui vous fera rarement de cadeau. Les années suivants, la masse de travail à accomplir ne diminuera pas, vous serez confronté à la violence de partiels à passer 3 fois par an, avec un nombre de redoublants qui dépendra souvent de la politique du doyen en place, à la violence des stages où vous serez tout en bas de l’échelle en tant qu’externe, où ce que vous apprendrez dépendra de la pédagogie aléatoire de vos ainés (par ainés j’entends les externes des années supérieures, les internes, chefs de clinique, PH, PU-PH…) ; vous serez confrontés à la violence de la maladie, de la souffrance, de la mort, des patients, de vos collègues, de vos chefs… et rien ne vous aura (et ne pourra) vous préparer à ça. Mais peut être que ce premier concours aura au moins le mérite d’avoir présélectionné des individus un peu plus « endurants » d’un point de vue moral, ce qui ne suffira pas toujours….

Alors oui le PACES reste difficile, cruel, violent… mais je ne pense pas que le problème viennent du PACES en soit (ou en tout cas pas seulement); j’en veux plutôt a un système qui envoie une grosse proportion de ces jeunes adultes au casse-pipe sans état d’âme parce qu’on n’a pas le courage de leur dire qu’ils ne sont pas prêts à affronter ça, que pour chaque étudiant qui fêtera avec ses proches son passage en 2eme année, il y en aura un ou plusieurs autres qui pleurera convaincu de son incompétence alors qu’il aurait peut-être autant mérité sa place (ou pas…).

Bref la PACES est on ne peut plus humaine, non pas une humanité telle qu’on aimerait qu’elle soit, mais telle qu’elle est… et je regrette profondément les drames que cela engendre.

 

Un équilibre de vie difficile à posséder actuellement

Par marsouin

Je crains fort que le fossé ne se creuse de plus en plus entre bac et première année de médecine. Le travail demandé nécessite une méthodologie de travail et un équilibre de vie difficile à posséder actuellement. En outre, je suis malheureusement conscient de la fragilité des jeunes générations et de la dérive inhumaine de la gestion des structures hospitalières et des individus qui y œuvrent pour le bien de la collectivité ; un hôpital ou une clinique ne sont pas des boîtes à pognon, il serait temps que nous redescendions sur terre …

 

Le programme est plus chargé qu’il y a 30 ans

Par Harmatum

Je viens d’une famille de médecin : ils me confirment tous que le programme a énormément changé et que la somme de connaissances qu’on demande aux étudiants actuellement est largement supérieure à celle qu’on leur demandait il y a 30 ans. Logique : la médecine a fait des bonds dans de nombreuses discipline ces dernières années. Certaines notions n’existaient même pas, relisez vos poly de génétique ou d’onco…

 

Les propédeutiques éliminaient les branleurs

Par LEVE1789

Quel gâchis, qu’un étudiant en arrive là, est une honte. Malheureux parents. Nous les anciens, ou les vieux cons si vous voulez, nous avons connu l’époque des propédeutiques, PCB ou PCN selon la suite, médecine ou pharmacie. Ces classes étaient une (re)mise à niveau, une introduction à un esprit scientifique après un Bac peu performant dans ce domaine. Actuellement, 85 % des lycéens de terminale obtiennent « le » Bac alors que beaucoup d’entre eux n’auraient jamais dû atteindre cette classe mais il faut caresser l’électorat dans le sens du poil. Ces propédeutiques éliminaient les branleurs, ceux qui n’avaient pas les capacités intellectuelles pour entreprendre des études supérieures ou n’avaient pas les capacités de travail requises. C’était, quelle abomination, une sélection. Depuis nos pédagogues de l’Éducation nationale ont introduit leurs théories fumeuses avec les ravages que nous voyons. En CE2 les élèves ne savent plus lire et notre enseignement est devenu l’un des moins performants du monde et de l’Union européenne. Quoi qu’il en soit, les études de médecine ne devraient pas demander les facultés intellectuelles des prépas des grandes écoles. On doit former en premier des praticiens, la recherche c’est pour plus tard. Et le numerus clausus a fait le reste.

 

Il faudrait relire sur internet la définition de Concours

Par aharen

Est-ce que les jeunes lycéens avant de s’inscrire à une 1ère année de PACES pourrait relire sur internet la définition de Concours ils verraient alors qu’il s’agit de prendre un nombre Limité et Déterminé à l’avance de candidats. Après ils y vont ou non, ils se sentent de taille ou non, mais ils ne crient pas au scandale une fois submergés par le boulot, la compétition, le bordel dans l’amphithéâtre pour avoir une place… La société égalitaire prônée par nos politiques est un leurre, ceux qui auront intégré cette notion auront plus de défenses pour la suite du programme…

 

Des difficultés plus graves que ces « déboires » lors des examens

Par Dr BERLINSON

Bonjour à Tous

J’ai 81 ans et ai passé le PCB en 1955. La sélection a été très dure surtout pour les philosophes qui ont mal apprécié le Kp = Kc. La première conclusion semble être la nécessité absolue d’établir un concours avant toute entrée en Fac. Ceci évitera les années perdues, l’impossibilité pour les étudiants de trouver une place en fac et d’y travailler correctement, comme pour les professeurs d’enseigner dans de bonnes conditions. D’autre part, les médecins rencontreront des difficultés autrement plus graves au cours de leur carrière que ces « déboires » lors des examens aggravées et motivées par leur manque de préparation et de maturité. Etre médecin n’est pas un métier comme un autre et les devoirs sont autrement rigoureux. Ceci veut dire qu’à tout moment il y a débat de conscience et prise d’un risque calculé ce qui est le principe même de notre métier. Si l’on cherche confort physique et psychologique, il faut choisir un autre métier. Mais il n’empêche que malgré l’ (in)évolution de la société moderne, les tracasseries de tous ordres qui n’ont rien à voir avec le métier que nous avons choisi… Ce dernier reste le plus beau du monde et vaut tous les sacrifices.

Je salue tous les confrères qui partagent mon avis et je me permets de leur dire que… si c’était à refaire… je recommencerais ! A tout hasard, je me permets de signaler qu’à mon âge je continue à transmettre ma passion à mes confrères plus jeunes.

 

Partir avec une mentalité de Conquistador, ou échouer

Par Docfranky

Ces jeunes étudiants sont confrontés ici à la difficulté de la vie. S’ils ne sont pas bien armés intellectuellement, physiquement, psychologiquement et ne partent pas dans leurs études avec une mentalité de « Conquistador », ils échoueront. Et cette période d’étudiant n’est qu’un apprentissage pour la future vie de Médecin confronté à la difficulté face au harcèlement des « Clients », de la Sécurité Sociale, dans un univers où la Mort rode. Oui ce n’est pas facile, ça ne l’a jamais été et ne le sera jamais. C’est pour cela qu’on doit toujours parler de « Vocation ».

 

Source :
www.egora.fr
Auteurs : F. Na

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2018-01-08T11:40:42+00:00 8 janvier 2018|EGORA news|0 Comments

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