//À l’écoute des remplaçants et des jeunes installés

Que veulent les remplaçants et les jeunes installés ? Alors que deux de leurs représentants occupent une place de choix auprès de la Ministre de la Santé, Les Généralistes de la CSMF sont à l’écoute de leurs doléances.

 

C’est une évidence, le Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (ReAGJIR) est une structure qui a le vent en poupe. Depuis le changement de gouvernement et l’arrivée d’Agnès Buzyn avenue de Ségur, deux d’entre eux occupent une place de choix auprès de la Ministre. Un ancien président de ReAGJIR, Jacques-Olivier Dauberton, a intégré presque immédiatement le cabinet, conseiller en charge (notamment) de la médecine libérale. Jeune installé depuis 2014, il a, pour ce faire, lâché son cabinet en maison de santé à St Rémy en Bouzemont, dans la Marne.

Et plus récemment, c’est la présidente en exercice du regroupement, Sophie Augros, qui est devenue l’une des trois délégués, chargés par Agnès Buzyn d’aller porter le plan d’accès aux soins auprès des acteurs de terrain, et de relayer les bonnes pratiques auprès du comité national de suivi des actions locales.

Bref, ReAGJIR, qui va réunir son congrès à Avignon le 7 décembre prochain, semble avoir l’oreille de la Ministre. Or, que demandent les remplaçants, qui forment le gros de la troupe de la structure ? Une meilleure protection sociale, surtout pour les femmes enceintes, pouvoir percevoir la ROSP durant leurs remplacements et enfin, siéger es qualité lors des négociations conventionnelles.

« Si l’on réfléchit sur le statut et la protection sociale du remplaçant, la difficulté est de savoir où mettre le curseur », reconnaît Luc Duquesnel, le président des Généralistes de la CSMF. Selon l’enquête de ReAGJIR, publiée en 2016, le portrait-robot du remplaçant est celui d’une femme (70 % des répondants), âgée de 31 ans et ayant soutenu sa thèse (le cas de 56 % des réponses).

Ces professionnels effectuent en moyenne 26 semaines de remplacements dans l’année, près des 2/3 font leurs gardes de soir ou de week-end. Par ailleurs, 1/3 exerce une activité mixte la plupart du temps salariée (ce qui leur procure une couverture sociale). Et il y a de plus en plus de médecins retraités qui décident de continuer des remplacements car ils ne souhaitent pas cesser définitivement leur activité. Malheureusement, le maintien de la cotisation CARMF retire tout attrait à ce cumul emploi retraite sauf pour ceux qui conservent une activité importante.

Dès lors, comment définir un statut et une couverture sociale pour une population aussi disparate, dont l’activité peut aller de quelques jours à plusieurs semaines par mois, possiblement concernée par la maternité ou déjà retraitée ?

« Il ne faut pas que le remplacement devienne un état pérenne. Il ne faut pas le « sanctuariser » », estime Luc Duquesnel. « Il doit rester une étape qui conduit vers l’installation, avec possibilité de passer par les étapes intermédiaires de l’assistanat et la collaboration libérale ».

Qu’en pensent les remplaçants ayant répondu à l’enquête de ReAGJIR ? Plus des deux tiers d’entre eux seraient prêts à travailler plus. Cela pourrait passer par des missions de santé publique (pour 73 % d’entre eux), un exercice en zone sous dotée (57 %) ou une participation à la permanence de soins (55 %).

Pour certains d’entre eux, le bout du chemin est effectivement un projet d’installation (1 sur 10) et pour les autres, le délai d’installation envisagé se situe entre 1 et 3 ans en moyenne. Un sur cinq n’a cependant pas de projet d’installation à moyen terme.

ReAGJIR estime qu’une ROSP spécifique aux remplaçants est imaginable, et qu’il faudrait aménager celle du jeune installé qui n’a pas de patientèle de référence.
Luc Duquesnel rappelle que la nouvelle convention médicale a pris en compte la problématique de la ROSP pour les jeunes installés.

Pour les remplaçants, il pense que la part de revenus découlant de la ROSP est liée au suivi d’une patientèle ou au forfait structure qui correspond aux investissements financiers du médecin. Or, la majorité des remplaçants remplacent des médecins différents et ne sont donc pas amenés à assurer le suivi des patientèles pour les indicateurs de la ROSP. En gardant présent à l’esprit qu’aujourd’hui, au vu du déficit démographique médical, les remplaçants ont toutes les cartes en main pour obtenir de très bonnes conditions. « S’il y a 20 ans, le pourcentage des reversements aux remplaçants était en moyenne de 50%, il est très souvent aujourd’hui d’au moins 70%. A un tel taux, il ne prend pas en compte les frais de fonctionnement du cabinet qui restent à la charge du médecin remplacé. », avance-t-il.

Le président des Généralistes CSMF ne souscrit pas non plus à la demande des non installés de participer à toute la négociation conventionnelle.

« Qu’ils assistent et donnent leur avis sur les sujets qui les concernent directement comme la démographie médicale ou les aides à l’installation, bien entendu. C’est ce qui s’est fait l’an dernier. Mais ces négociations sont menées entre l’Assurance Maladie et les syndicats représentatifs, car la convention médicale concerne les médecins installés. Or, un certain nombre de ces jeunes n’exerceront jamais la médecine et d’autres ne s’installeront pas en libéral… » rappelle-t-il.

Un autre sujet de préoccupation pour Les Généralistes CSMF, concerne la protection sociale. Si cette dernière a connu une sérieuse bonification du congé maternité (ou paternité), opérationnelle depuis un mois, « Rien n’est prévu pour les arrêts maladie de moins de 90 jours comme les grossesses pathologiques par exemple. Ou pour un jeune qui est en phase de constitution de clientèle et qui doit subir un long arrêt maladie », explique Luc Duquesnel. « Il ou elle ne trouvera pas de remplaçant car son activité n’est pas suffisante ». Et le scénario catastrophe pourrait continuer, avec un effondrement de la patientèle du fait de la longue absence, et plus d’argent pour régler les charges et les frais fixes du cabinet.

« Pour les jeunes, l’exercice salarié peut donc avoir un aspect bien plus rassurant. S’ils n’ont pas pris la précaution de souscrire une assurance, ce que les médecins de ma génération ont coutume de faire, cette précarité de l’exercice libéral peut aussi être un frein à l’installation », regrette le Dr Duquesnel.

2017-11-27T11:16:19+00:00 27 novembre 2017|EGORA news|0 Comments

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