//VIDEO – Réalisateur, il s’immerge deux ans dans un bloc en burn out

Pendant deux ans et demi, le réalisateur Jérôme Le Maire a pénétré au cœur du bloc opératoire de l’hôpital Saint-Louis (Paris). Il a filmé de l’intérieur un quotidien qui éreinte les soignants et un système qui cherche l’optimisation en oubliant l’humain. Le film, intitulé Burning Out – Dans le ventre de l’hôpital, qui a été diffusé mardi 3 octobre sur Arte, a ulcéré Martin Hirsch, le directeur de l’AP-HP.

 

Egora.fr : L’AP-HP a envoyé un communiqué pour prendre ses distances avec votre film, assurant qu’il n’est pas un documentaire, mais un film à thèse sur le burn out. Comment s’est passée la projection en présence de Martin Hirsch, mardi dernier ?

Jérôme Le Maire : J’étais enchanté qu’il soit là, qu’il se mette dans une salle de cinéma avec ses équipes. Martin Hirsch ne vient quasiment jamais à l’hôpital. J’ai encore le SMS de Marie-Christine, l’anesthésiste que l’on voit dans le film, où elle me dit « Martin Hirsch sera là ce soir. Quelle journée ! » C’est magnifique. On se dit tout à coup : « Le chef vient voir le film, va rencontrer le personnel… » Mais Martin Hirsch a été maladroit. A la fin, la directrice de Saint-Louis a demandé s’il y avait des questions. Il y a eu un long silence, preuve qu’il y avait de la tension dans la salle. Martin Hirsch s’est jeté à l’eau. Et il a critiqué le film. Ce n’était pas malin, ce film était clairement porté par les gens dans la salle. Il a dit que les deux tiers du film montraient une situation épouvantable, où les gens ne se parlaient pas, et qu’à la fin on voit que ça allait mieux. Il a demandé quelle était la suite. Il ne comprenait pas pourquoi je coupais à ce moment-là, quand ça commençait à aller mieux. Je lui ai retourné la question. Je lui ai demandé quelle était la suite. Il a aussi critiqué le titre du film, en assurant que le système n’était pas burn-outé, même s’il pouvait y avoir des personnes en burn out à l’AP-HP. Je lui ai répondu que toute la société est burn-outée et qu’en partant de ce présupposé, je serais étonné que ce coin du 10ème arrondissement de Paris qu’est Saint-Louis ne soit pas atteint.

J’ai pourtant essayé de mettre en avant le lien, le fait qu’il ait autorisé le tournage, qu’il soit présent à la projection. J’ai salué le fait qu’il soit allé de l’avant. Je ne cherche pas à opposer la direction aux travailleurs. C’est un combat du collectif vis-à-vis de lui-même. Mais Martin Hirsch ne l’a pas vu comme ça. Je crois qu’il a pris le film comme une critique personnelle.

La direction et les équipes avaient déjà vu le film. J’avais fait une projection en présence de la directrice qu’on voit dans le film et du bras-droit de Martin Hirsch pour la communication, Patrick Chanson, qui le regardait tout en lisant les notes que j’avais produites pour les demandes de tournage; il soulignait des trucs, relisait la convention qui nous liait… C’était hyper-tendu. On était dans nos petits souliers, en pensant qu’ils allaient nous démonter le truc. Et ce qu’il nous a dit, c’est qu’il avait appris quelque chose. Je suis content si le film devient un outil.

Vous vouliez travailler sur le burn out, sans penser forcément à l’hôpital. C’est la rencontre avec une anesthésiste de Saint-Louis qui vous a décidé… Racontez-nous cette rencontre.

Au début, je travaillais sur la base d’un essai écrit par Pascal Chabot, qui est un philosophe belge. Cet essai s’intitule Global Burn Out. C’est un livre qui m’a fait percevoir le burn out comme je ne l’avais jamais entendu, à savoir comme une maladie de société, une pathologie de civilisation, un trouble miroir de notre société. Je me suis dit qu’il était intéressant d’en parler comme ça parce que ça veut dire qu’on est co-responsable de cette maladie. On fait partie du syndrome, même si on ne l’a pas, nous, on est dans la société qui produit le syndrome. J’étais en train de travailler sur cette idée, et voilà qu’un jour Pascal me dit qu’il est invité à faire une conférence au bloc opératoire de Saint-Louis, à Paris, par Marie-Christine Becq, l’anesthésiste qui est dans le film. Après une garde, éreintée, elle est tombée dans une librairie sur le livre de Pascal Chabot, qu’elle a dévoré. C’est comme ça qu’elle a contacté Pascal pour lui demander de venir parler du livre dans son unité chirurgicale. Je demande à venir à cette conférence. Et je sens qu’il y a une tension assez intense dans l’auditoire. Les médecins en blouse sont tendus, stressés. Je sens qu’il y a des conflits à la manière qu’ont les gens de s’exprimer. C’était une magnifique conférence, qui visiblement trouvait un écho dans l’auditoire. Et puis Marie-Christine m’a proposé de revenir en me disant : « Si vous voulez voir du burn out, venez chez nous ». C’est resté dans ma tête, et je me suis dit que l’hôpital c’était une micro-société, un système et qu’il pourrait être intéressant d’y aller. C’est comme ça que j’ai mis le pied dedans. Et j’y suis resté parce que je me suis rendu compte que c’était effectivement une société avec toutes ses composantes, avec des castes, des règles, avec la technologisation du savoir, ultra-libéral dans le sens où il faut faire du chiffre, il y a du rendement, de la productivité, de la croissance, et que les gens sont en train d’y souffrir parce qu’ils courent après un lièvre qu’ils n’attraperont jamais.

En quoi l’hôpital était un lieu si particulier pour votre film ?

Après coup, je me suis rendu compte que c’était une bonne idée de filmer le médecin malade. Le médecin ne peut pas être malade, pour le public, mais aussi pour lui. C’est là où les gens sont vraiment à risque par rapport au burn out. Ces gens ont pour mission de soigner, pas seulement un individu, mais aussi le monde. De le redresser. Ce sont des gens passionnés à 100%. Ils ne peuvent pas tomber malade, sinon ils ne pourront pas accéder à leur but. C’est là où c’est dangereux. Ce sont des gens qui ne lâcheront pas le métier, mais qui vont péter une durite et vont devoir lâcher.

Comment avez-vous présenté votre projet à l’AP-HP, et ensuite aux chefs de service ?

J’ai été tout à fait direct. J’ai dit « Bonjour, je viens faire un film sur le burn out, mais je ne veux pas opposer les méchants directeurs contre les pauvres gens qui travaillent. » L’idée, c’est vraiment de regarder la société et de comprendre comment on en est arrivé à générer une maladie aussi étrange que le burn out pour des gens qui ont toujours travaillé énormément. Mon travail consiste à rester très longtemps et à comprendre les choses avant de tourner. Je leur ai expliqué que, dans un premier temps, je voulais juste entrer et regarder. Ils m’ont autorisé à venir voir, sur un temps assez long. Là où ça a commencé à devenir chaud, c’est quand j’ai demandé les autorisations de tournage. Là, ce n’était plus à l’intérieur de l’hôpital que les autorisations de tournage étaient délivrées, c’est remonté dans les arcanes de l’Assistance publique. Et je me suis rendu compte du mastodonte qu’était l’Assistance publique, avec sa hiérarchisation, sa stratification, sa bureaucratie… Et mon dossier de demande a fait le tour entier de l’Assistance publique, pour remonter tout en haut, vers Martin Hirsch. Et là, il y a eu un suspens qui a duré deux mois. Je n’avais plus de réponses. J’ai senti que j’avais un atout pour moi, c’est que j’étais là depuis plus d’un an. Je connaissais le bloc opératoire, j’avais fréquenté assidument les personnes, qui me connaissaient bien… Et tout le monde attendait la réponse avec moi. Ils attendaient de voir ce qu’allait dire la direction par rapport au fait qu’on parle de cette problématique. Je pense que la direction a senti qu’ils allaient délivrer un message en accordant le feu rouge ou le feu vert. Ils ont accordé le feu vert.

En même temps il y a eu un hasard -et je me suis posé la question de savoir si c’était vraiment un hasard-, c’est que la directrice du groupe hospitalier a commandé un audit au moment où je commençais à tourner. Pour moi, c’était un heureux hasard, puisque j’avais toujours souhaité qu’il y ait un professionnel qui puisse aider le spectateur à décoder ce qu’il voyait, à mettre du relief. Quand l’audit est arrivé, c’était du pain béni pour moi. Malgré ça, peu de temps après, je me suis rendu compte que l’audit ne parlait pas de qualité de vie au travail. Alors que c’était ça l’appel d’offre. Tout d’un coup, je me suis rendu compte qu’on parlait d’autre chose, d’efficience. Et la directrice m’a dit un jour : « L’efficience mène à la qualité de vie au travail, parce que si les rouages sont bien huilés, tout le monde est heureux dans son travail ». Je suis assez d’accord avec elle, mais pas que. Et cet audit est devenu un fil narratif, tout en étant un leurre. Il n’aboutit à rien par rapport à la question que je me pose et que le spectateur se pose : comment vont-ils trouver des solutions pour sortir de l’ornière ? Je tiens à préciser que si l’audit n’a pas permis une amélioration de la qualité de vie au travail, le match n’est pas fini. Le film est là, il produit des effets. Il a encore une vie. Et j’espère qu’il sera profitable à tout le bloc.

 

Affiche «Burning out»

 

Vous dites que le film a un effet aujourd’hui, mais n’a-t-il pas aussi eu un effet pendant que vous le faisiez ?

Oui, bien sûr. Quel que soit le sujet, quand un réalisateur est dans une pièce et qu’il focalise sa caméra et son attention sur quelque chose ou quelqu’un, on va le regarder différemment. Les gens se comportent aussi différemment parce qu’ils savent que c’est enregistré, et que ça va être restitué. Je suis tout à fait conscient de l’effet. Je suis quelqu’un de très empathique. J’avais vraiment envie d’aider Saint-Louis. Mais je ne me suis pas mis comme sauveur. Je faisais un acte important en disant « ce système est burnouté », après je me suis dit qu’en me focalisant sur cette problématique, j’allais inévitablement créer du lien. Pendant les deux ans et demi où je suis resté, les gens témoignent, se livrent et commencent à donner d’eux même. Ils réactivent la fibre humaine, qui a eu tendance à déserter les lieux. Ce n’est pas un défaut de fabrication. Un bloc opératoire, c’est complexe et ce n’est peut-être pas l’endroit où on a le plus besoin d’humanité. On a besoin de reflexes, de têtes, de concentration. Mais du coup l’humain en souffre. C’est ça le lean managment. C’est hyper efficace, mais ça ne tient plus compte de l’homme. Dans la course à la productivité, la qualité de vie au travail n’est a priori pas une valeur. Or, elle en est une parce que ça coûte cher les gens qui craquent… Le fait d’avoir créé du lien, ça a créé une dynamique positive. Même si c’était un peu dangereux. Quand il y a un incendie quelque part, si vous entrez vous allez faire un appel d’air. C’est ce qu’il s’est passé. A des moments, le sujet est devenu brûlant. Ce n’est pas forcément dû à ma présence, mais au fait que je sois là et qu’on regarde de près cette problématique.

Comment avez-vous vécu personnellement toute cette souffrance ?

C’était très dur psychologiquement. C’était un des films les plus durs que j’ai fait. Je suis Belge. Ça veut dire que pendant ces deux ans et demi à Paris, j’étais à l’hôtel, loin de chez moi. Je tournais seul pour être proche de gens, en empathie avec eux. Je pense aussi qu’être le réceptacle de toute cette souffrance est quelque chose que j’avais un peu sous-estimé. J’ai compris ce qu’était le traumatisme vicariant. C’est le traumatisme par rebond que vous pouvez recevoir d’une personne traumatisée. C’est ce qu’ont les médecins, les policiers… Ils sont dans l’aura d’un trauma. Et ça les traumatise eux-mêmes, malgré la distance. Moi, je me suis mis dans leur sphère. J’étais dans l’aura de leur souffrance. En rentrant chez moi, j’étais secoué. Heureusement, je me suis protégé. J’ai été voir un psy, que je consulte régulièrement depuis des années. J’avais aussi une personne référente, qui est le psychiatre fondateur de l’European Burn Out Institute, basé à Bruxelles. Il travaille à dé-burnouter les systèmes, c’est une sorte de ghost-buster des burn out. Il s’appelle Patrick Mesters. J’allais le voir tous les mois, et je lui racontais ce que je faisais. Il était passionné par cette aventure. Il me disait: « C’est dingue que tu aies pu rentrer dans ce système tout seul avec ta caméra et de filmer ça ». Il m’expliquait au fur et à mesure ce qu’il voyait se dessiner autour de moi quand je lui racontais. Il m’aidait à décoder tout ça.

Quand on parle du burn out des soignants, on parle très souvent d’une personne. Et c’est donc parfois perçu, vécu comme une faiblesse personnelle. Or, là, vous montrez que c’est un système…

Le burn out est la maladie des gens valeureux, des gens motivés qui donneraient tout à leur entreprise. Et ils vont se brûler. Effectivement, je n’avais pas envie de raconter le burn out comme on le connait déjà, mais de parler du système. C’est vraiment ça qui m’intéressait. Je rêvais de rentrer dans une société. Mais ce que j’aurais voulu, c’est la dé-burnouter. J’aurais voulu montrer les ressorts de la dé-burnoutisation. Patrick Mesters m’avait vraiment dit quelque chose d’impressionnant. Il m’avait dit : « En somme, mon travail se résume à une chose très simple. Je rentre dans un système qui est burn-outé, et j’essaie de le contaminer avec des bonnes valeurs. Ce n’est pas du tout scientifique comme les gens le croient. » Il m’avait aussi dit : « Regarde un petit système, par exemple le Conseil de bloc. Si le Conseil de bloc change, il va pouvoir faire changer le bloc opératoire, qui lui-même pourra faire changer l’hôpital, qui va faire changer l’Assistance-publique… » C’est la signification du dernier plan du film. Je pars de cellules et je dézoome. On voit l’anesthésiste qui sourit, puis l’hôpital, puis le quartier, puis Paris… L’idée, c’est de traduire en image ce que j’ai appris. Il faut croire au petit. Je crois que le burn out est entré dans notre société parce qu’on est époustouflé par les outils que nous avons inventés. On est épaté et complexé par la technologie. On a une crise de foi en nous, en l’humanité. Or l’humanité, c’est l’alpha et l’oméga. La machine, si on lui donnait le choix, elle déciderait d’être humaine. C’est évident. Reprenons confiance, et on va y arriver.

Vous avez senti que ce qui manquait dans ce service, c’était une part d’humanité ? De lien humain ?

Oui, terriblement. C’est hallucinant. Dans les salles de réfectoire, il n’y a pas une photo, pas de carte postale. Pas de plantes. Qui les arroserait ? Je pense que l’humanité est restée au vestiaire. Ils se disent que ce qu’ils apportent, le système ne le leur rendra pas. Nos systèmes sont devenus froids, mécaniques. C’est ça le mal de nos sociétés. Et le fait que je sois là, et de n’avoir rien d’autre à dire ou à faire que de parler de la qualité de vie au travail, ça a permis de remettre un peu de lien. Prendre le temps de s’arrêter et d’écouter les gens, c’est ce que notre société nous empêche de faire au travail parce que ce n’est soi-disant pas rentable. Je crois qu’on va se rendre compte de la valeur du temps et de l’humanité.

Justement, pendant ces deux ans et demi au sein du service, avez-vous senti une évolution ? Avez-vous senti que l’humanité reprenait un peu de place ?

J’ai mis du temps avant de remarquer ce qu’il se passait. Je m’attendais à des changements plus importants. C’était peut-être un peu présomptueux. Or, c’était des petites choses. J’ai créé des relations avec Marie-Christine l’anesthésiste, avec Sabrina l’aide-soignante, avec Sarfati le chirurgien. Et ces relations ont commencé à se lier. Marie-Christine a commencé à aller trouver Sarfati, Sabrina a commencé à parler avec Sarfati… Et maintenant, les gens se parlent. Ils ne vont peut-être pas se parler toute leur vie, ce ne sont pas des amis, mais ils se sont parlé et c’est gravé sur la pellicule. Ces petits changements ont eu lieu, mais reste à voir ce qu’il se passe maintenant. Si on arrose la plante, ça va donner un bel arbre et si on la laisse en l’état, on verra bien.

Le nouveau directeur de l’établissement vous a fait venir dans son bureau pour vous demander conseil. Que lui avez-vous dit ?

Oui, le directeur de l’établissement m’a reçu dans son bureau, et m’a demandé ce que je pensais du bloc opératoire. Je lui ai dit qu’il y avait un vrai problème à résoudre, qu’il ne fallait pas se voiler la face. Il ne s’attendait peut-être pas à une réponse aussi directe. C’est très complexe à résoudre, mais c’est aussi très simple. Quand il s’agit de lien humain, personne ne sait pas comment faire. La question, c’est comment changer l’organisation, faire de la place pour l’humain. J’ai vraiment confiance en ce directeur, en la directrice qu’on voit dans le film, en Martin Hirsch… Je suis sûr que ces gens ont au fin fond d’eux-mêmes une énorme humanité. Et qu’ils ne souhaitent qu’une chose, c’est que les choses aillent bien. Mais, ils font partie d’une organisation complexe et sont contraints par la machine d’avancer vers un cap.

Que retenez-vous de cette expérience ? Qu’avez-vous appris ?

Je l’ai vécu comme un défi. J’ai senti que je devais rentrer dans une maison en feu, que je devais braver un lion – pour moi c’était Sarfati, il me faisait très peur. Et je suis toujours vivant. Quand on va vers ses propres démons, quand on est calme, apaisé, ça passe. J’ai fait quelque chose qui était très dur pour moi, je me suis surpassé, et j’en ressors grandi. Si j’ai appris quelque chose, c’est le pouvoir qu’on a. Aussi bien à petite échelle qu’à grande échelle. C’est vraiment cette histoire de système. J’ai ouvert les yeux sur cette idée qu’on est tous liés. L’influence que chacun peut avoir sur le système est énorme. J’ai pris conscience de cette force, et ça me donne une responsabilité.

 

BURNING OUT – TRAILER from AT-Production on Vimeo.

 

Source :
www.egora.fr
Auteur : Fanny Napolier

Sur le même thème :
Après deux burn out à 30 ans, je quitte la médecine générale
Climat de terreur au bloc : une trentaine d’infirmières du CH de Roubaix portent plainte
Suicide d’une infirmière de l’AP-HP
Quand Martin Hirsch tente de faire taire les discussions politiques à l’AP-HP

2017-10-06T10:23:25+00:00 6 octobre 2017|EGORA news|0 Comments

Leave A Comment