//« On le comprend son mari, nous aussi on a envie de la baffer » : quand les psys dérapent

Etudiante en master de psychologie, Zoé* a décidé de mettre les pieds dans le plat. A mille lieux de la tolérance et de l’empathie qu’elle imaginait, le milieu psy l’a choquée par son sexisme. Des remarques sur le physique des patients à la culpabilisation des victimes, en passant par la transphobie, sa page Facebook, intitulée « Paye ton psy », recense les témoignages à charge contre les professionnels. Plongée dans l’univers du doc bashing.

 

« Qu’est-ce que j’en ai à foutre de ce que vous faites de vos nuits ! Vous croyez que ça m’excite ? (…) Regardez-vous, la seule chose qui excite vos partenaires, c’est votre âge et ça ne va pas durer. » Des témoignages comme celui de cette jeune femme venant de consulter un psychiatre, Zoé* en a reçus plus d’une centaine depuis janvier. Etudiante en master de psychologie clinique, elle anime la page Facebook Paye ton psy, un « projet participatif » qui vise à dénoncer le sexisme du milieu psy, dans la lignée de Paye ta schnek (harcèlement de rue) ou de Paye ta blouse (milieu hospitalier).

Ce sont des propos entendus lors de ses stages qui ont poussé cette militante féministe à lever le voile sur ce milieu que l’on « pourrait croire tolérant, alors que pas du tout ». « Je suis désillusionnée« , confesse-t-elle, sous couvert d’anonymat. « Je n’ai pas beaucoup de soutien de la part de la communauté psy. Il y en a même certains qui m’ont traitée de folle. »

Il faut dire que sur sa page Facebook, tout le monde en prend pour son grade : psychiatres, infirmiers, psychologues, psychanalystes, éducateurs spécialisés, personnels de centres médico-psychologiques, conseillers du numéro d’écoute 3919 (Violences Femmes Info)**, hommes ou femmes. « On se dit que les personnes sexistes sont l’exception. Mais l’exception, c’est plutôt l’inverse », charge Zoé, qui dit recevoir plusieurs témoignages de patient chaque semaine. Son appel à témoignages s’adresse également aux professionnels, mais rares sont ceux qui y ont répondu pour l’instant. Le « corporatisme » règne. « Le professionnel a un ascendant sur le patient. Ils sont vulnérables, ce qui rend les propos encore plus violents », souligne Zoé.

 

Culture du viol

Dans le meilleur des cas, il s’agit de remarques sur le physique, la façon de s’habiller, de se maquiller, ou sur le poids. « Le corps pose souvent problème, alors qu’on est censé s’occuper de l’esprit », remarque Zoé. Les jugements de valeur sur la vie sexuelle – le « slut shaming » – sont tout aussi communs. Poussé à l’extrême, le sexisme se traduit par le « victim blaming » : un discours culpabilisant les victimes d’agression sexuelle ou les femmes battues. « A partir du moment où vous n’avez rien fait, c’est que vous êtes consentante. Et puis de quoi vous vous plaignez, ce n’était même pas un viol », aurait commenté le psychiatre à qui cette patiente vient de raconter, des années après, l’agression sexuelle dont elle a été victime à 11 ans, dans les douches du camping. Des propos non seulement traumatisants pour les patients, mais qui sapent toute leur confiance dans les professionnels, dénonce Zoé. Bon nombre des personnes qui ont témoigné affirment d’ailleurs qu’elles n’ont plus jamais remis les pieds dans un cabinet.

 

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D’autres s’y rendent avec la ferme intention de ne pas tout dire. C’est particulièrement le cas des personnes LGBT. « Elles sont toutes réticentes à mentionner leur orientation sexuelle, de peur d’être jugées », relève Zoé. Mais pour les personnes transgenres qui souhaitent changer de sexe, la consultation chez un psychiatre est indispensable. « De peur que le psy refuse son approbation, elles vont cacher certains éléments de leur enfance, de leur histoire. Un homme qui souhaite devenir une femme va prétendre que petit, il n’aimait que les poupées et pas les camions. » Pour mieux coller aux préjugés et stéréotypes, qui n’épargneraient pas le milieu. « Une maman qui consultait un psy au sujet de son garçon transgenre s’est entendue répondre qu’il fallait qu’il passe plus de temps avec son père, à réparer la voiture par exemple », rapporte Zoé.

 

Manque d’empathie

Pour l’étudiante, c’est la formation des professionnels, mal adaptée à la réalité de la société, qui est en cause. « En France, il faudrait qu’on s’ouvre davantage à la littérature étrangère. Aux Etats-Unis et au Canada, tout le monde est formé à la lutte contre les discriminations, au sexisme », souligne-t-elle. Elle qui a « tout entendu » n’arrive toujours pas à comprendre comment des professionnels censés faire preuve d’empathie peuvent tenir des propos aussi blessants. « Sans doute des personnes qui sont fatiguées de leur métier. »

 

* Prénom d’emprunt
** Les témoignages ont donné lieu à une enquête publiée sur Francetvinfo.fr

 

Florilège

– « Vous êtes en surpoids mademoiselle. La beauté d’une femme est dans la ligne. »
– « Bah t’es sûre que c’était un viol ? Rien ne prouve que t’étais pas consentante. Et puis après tout peut-être que tu y as pris du plaisir, non ? »
– « On ne veut pas mourir quand on est aussi jolie. »
– « Oh mais ils étaient jeunes… Si vous portez plainte contre eux vous risquez de détruire leur vie… Réfléchissez bien aux conséquences de vos actes. »
– « Oui, bon, vous avez été tripotée par un vieux pervers. Ça arrive dans toutes les familles, ça va hein. »
– « En même temps on le comprend son mari, nous aussi on a envie de la baffer. T’as vu comment elle est chiante, surtout en phase maniaque ? Non, on ne va pas lui donner de coordonnées d’associations. Tu veux la divorcer et qu’elle se retrouve sans ressources, c’est ça ? »
– « Alors elle, son fils c’est son petit phallus ! »
– « J’ai passé toute la journée à regarder tes jambes, c’est quand même plus agréable que de parler des ‘cas soc’ de cette structure »

 

Source :
www.egora.fr
Auteur : Aveline Marques

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2017-09-21T10:34:32+00:00 21 septembre 2017|EGORA news|0 Comments

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