//Etudes de médecine : on sait enfin combien ça coûte

Etudiants ou futurs étudiants en médecine, préparez vos chéquiers. Pour la première fois, une étude dévoile les sommes que doivent débourser un étudiant en Paces et un étudiant de 4ème année de médecine lors de la rentrée. Matériel pédagogique, droit d’inscription, loyer… toutes les dépenses ont été calculées. Et mieux vaut avoir les reins solides.

 

Combien dépensent un étudiant en Paces et un étudiant de 4ème année à l’heure de la rentrée ? Quels sont les postes de dépense ? Quelles différences entre l’Ile-de-France et la province ? Ce sont les questions auxquelles l’Association des étudiants en médecine de France (Anemf) a voulu répondre en menant une étude détaillée sur le coût de la rentrée.

Selon les chiffres qu’Egora.fr a pu se procurer en avant-première, le coût moyen s’élève à 5 749 euros pour un étudiant en Paces et à 4 026,70 euros pour un externe en première année. Dans le détail, le premier poste de dépenses est celui du matériel pédagogique. Un étudiant en PACES déboursera en moyenne 4 968,91 euros s’il étudie en Ile-de-France et 3 473 euros en province. Un externe de première année, quant à lui, doit prévoir 2 261,75 euros s’il est francilien, et 1 526 euros dans une autre région. Selon le calcul de l’Anemf, ce budget inclut les livres et tout le matériel usuel, l’inscription à des prépas privées, l’achat de référentiels pour les externes.

A ces frais, s’ajoutent les cotisations à la Sécurité sociale, qui s’élèvent à 500,76 euros pour les externes, rattachés au régime général. Soit un tiers de leur salaire annuel. Il faut aussi compter les droits d’inscription universitaire, ainsi que les frais liés à la santé, au loyer et aux autres charges courantes.

 

Voir le tableau des dépenses dans le détail

 

Egora.fr : Quel regard portez-vous sur les sommes qui apparaissent dans votre étude ? Etes-vous surpris ?

Yanis Merad, président de l’Anemf : Ces sommes sont très conséquentes. De là à dire que ça nous choque… Nous sommes confrontés au quotidien à des étudiants qui sont en situation de précarité financière. On est déjà conscients de ces difficultés. Pas plus tard que la semaine dernière, une étudiante m’a appelé pour dire qu’elle avait des difficultés pour payer ses soins… Quand on est obligé de mettre de côté sa santé parce qu’on n’a pas les moyens de se soigner, c’est le moment où on commence à se poser des questions. Est-ce que nos études ne sont pas déjà assez compliquées ? Il y a des étudiants qui doivent tous les jours raboter sur leur train de vie, et on se retrouve à sauter un repas, retarder un soin… C’est d’autant plus un comble qu’on est des étudiants en médecine ! On apprend à faire de la prévention et à recommander aux gens des bonnes pratiques dans la vie de tous les jours, alors que nous étudiants, on ne peut pas se l’appliquer. Ça ne devrait pas marcher comme ça…

Donc ces situations, on les connaît. Maintenant, ces chiffres permettent de pointer du doigt les différents postes de dépenses qui appellent à question. Et notamment vis-à-vis des autres filières, sur nos frais spécifiques en médecine.

 

Quels sont ces frais spécifiques ?

Il s’agit notamment de la préparation aux examens. Cela pose la question de la préparation au concours de première année et à l’ECN en 6ème année. Le premier est très sélectif, le second a des répercussions très importantes sur la carrière professionnelle et une grande partie des étudiants ne vont pas hésiter à s’inscrire dans des prépas privées. Ces prépas privées pratiquent des tarifs exorbitants, sans commune mesure avec les droits d’inscription à l’Université. A Paris, c’est 25 fois le prix d’inscription à l’Université. Ça devient un moyen de se démarquer des autres étudiants au moment du concours, puisqu’ils ont eu accès à des ressources supplémentaires, à des entraînements en plus. Mais tout le monde n’a pas les moyens de se payer ce genre de classe préparatoire, et ça crée une inégalité en fonction des moyens financiers.

Mais il n’y a pas que ça… Rien que pour apprendre, on a besoin de livres… Pour un étudiant en DFASM 1 [première année d’externat], on est à 2 261,75 euros de matériel pédagogique. Il faut savoir qu’il y a là environ 1 000 euros de livres. C’est trois quarts d’une année de salaire pour un étudiant de 4ème année.

 

Ces inégalités ne posent-elles pas la question de la diversité sociale des étudiants en médecine, et donc des futurs médecins ?

Sans aucun doute. C’est prouvé statistiquement. Les étudiants en médecine sont issus de catégories socio-économiques plus aisées que d’autres filières. C’est indéniable. Pourquoi les étudiants en médecine sont issus de ces catégories plus aisées ? Notamment parce qu’au moment de la Paces, il faut de l’argent pour avoir accès aux supports pédagogiques qui permettent d’être avantagés au concours. La sélection est bien entendu académique, mais on ne peut pas nier que, pour un certain nombre d’étudiants une part financière entre en jeu. Un certain nombre d’étudiant en Paces, s’ils avaient eu les moyens d’accéder à une prépa, auraient eu accès aux études de médecine.

 

Que faites-vous à l’Anemf pour lutter contre cette discrimination par l’argent ?

Face à la dynamique des prépa payantes qui prenaient de l’essor, et qui entraînaient cette Paces à deux vitesses, nous avons souhaité valoriser les tutorats. Cela existe en Paces mais également pour les externes. Ces initiatives permettent aux étudiants en année supérieure d’apporter aux étudiants qui sont dans l’année du concours un soutien pédagogique semblable à celui qu’ils auraient eu en payant, mais de manière gratuite et bénévole.

Pour le reste, on a la chance d’avoir les bourses du Crous qui permettent à un grand nombre d’étudiants de manger, de se loger, d’avoir accès à un service de santé. Mais on constate que, pour beaucoup, cela ne suffit pas et qu’un grand nombre d’entre eux est obligé d’aller travailler en plus de leurs études. On a des externes qui vont tous les matins à l’hôpital, vont en cours l’après-midi et la nuit vont aller faire des nuits dans un hôpital psychiatrique ou de l’appareillage dans une clinique pneumologique. Ça permet de rajouter du beurre dans les épinards, mais ça pose la question du temps des étudiants, surtout dans une filière qu’on sait difficile psychologiquement parlant. Ce n’est pas pour rien que notre étude Santé mentale a montré que les étudiants et futurs médecins étaient particulièrement touchés par des problèmes de santé mentale. On a vu des taux accablants: 23% d’idées suicidaires, 29% de dépression, 66% d’anxiété. Et 77% des étudiants en médecine ont déjà pensé à changer de carrière.

 

Vous appelez à la création d’une Caisse nationale d’Assurance maladie des étudiants. En quoi cela consterait ?

Actuellement, les étudiants sont soumis au Régime de sécurité sociale étudiante (RSSE). C’est un système qui a montré un grand nombre de limites. Avec le régime de sécurité sociale étudiante, les remboursements se font au lance-pierre. Il y a de nombreux problèmes dans le traitement des dossiers. On a depuis longtemps fait le deuil de ce système. L’idée est de repasser dans le régime général, et redonner à la CPAM des prérogatives pour les étudiants. On voit que le message commence à être entendu. Ce jeudi, Dominique Vidal [ministre de l’Enseignement supérieur] a annoncé que les étudiants pourraient repasser dans le régime général, c’est une porte ouverte pour nous.

 

Salaire des externes

 

Salaires des internes

 

[Avec Légifrance]

 

Source :
www.egora.fr
Auteur : Fanny Napolier

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2017-08-29T19:01:41+00:00 29 août 2017|EGORA news|0 Comments

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