Home/EGORA news/Trop « old school », le cabinet de radiologie à 1 euro ne trouve pas preneur

Qui veut un cabinet de radiologie tout équipé pour 1 euro ? Personne. Le cabinet du Dr Jean-Pierre Guilpin, à Ouistreham (Calvados) où il pratique seul la radiologie générale avec un confrère généraliste et échographe, n’a séduit aucun repreneur depuis 6 ans. Si rien ne change, le cabinet jugé pas assez équipé, trop petit et pas assez rentable par la jeune génération devrait fermer ses portes et licenciera ses 6 employés, en septembre.

 

L’annonce choc dans la presse a d’emblée surpris par son irréalité : « Ouistreham (Calvados). Cède cabinet de radiologie pour 1 euro »… Mais vérification faite, c’est absolument réel, le Dr Jean-Pierre Guilpin, 71 ans, cherche depuis 7 ans un successeur pour reprendre son cabinet de radiologie dont le matériel et la clientèle sont évalués à 367 000 euros. Rien.  De guerre lasse, ne retrouvant aucun repreneur sérieux et motivé, il s’est résolu à le brader pour 1 euro. Sans plus de succès à ce jour.

 

12 000 euros net par mois : « C’est insuffisant pour les jeunes »

L’histoire de ce radiologue illustre la mutation inéluctable des petits cabinets de spécialités à plateau technique lourd, condamnées à diluer leur identité dans d’énormes groupes de dizaines de praticiens équipés Hi Tech, ou à mourir.

Voilà 6 ans que le Dr Guilpin, qui a subi un triple pontage coronarien, a pris sa retraite et cherche à lever le pied. Et autant d’années qu’il n’y parvient pas. Plusieurs raisons expliquent ces échecs à commencer par la première d’entre elles : la nature de son équipement radiologique, qui n’est pas jugé suffisamment moderne, intéressant et « juteux » par les jeunes, qui ne jurent que par scanners et IRM, dont il n’est pas doté. Pourtant, l’expert-comptable d’un candidat à la reprise avait estimé entre 10 et 12 000 euros net par mois le revenu envisageable.

« C’est insuffisant pour les jeunes. Ils ont été formés à tout faire avec des IRM, facturées 200 euros la séance. Moi, pour une présomption de pouce cassé, je fais une échographie. C’est long et mal payé. Eux, ils passent tout au scanner ou à l’IRM, et consacrent 2 minutes à l’interprétation du cliché. Tout est automatisé, ils sont assis entre les machines, derrière une vitre. Parfois, les patients ne voient même pas le médecin », regrette le Dr Guilpin, « C’est l’industrialisation de la médecine, du supermarché. Comme les pouvoirs publics baissent constamment nos tarifs, les médecins se regroupent pour faire du volume. Les jeunes qui ont visité mon cabinet remarquent que je ne travaille pas assez vite. A leurs yeux peut-être, mais moi et mon associé nous touchons une retraite assez confortable, et puis j’ai subi un triple pontage. Je dois aussi me ménager.« 

 

« A mon âge et avec mon état de santé, inutile de rêver »

A l’entendre, l’ARS n’a pas voulu donner d’autorisation pour l’installation d’un scanner ou d’une IRM, pour ne pas désavantager le CHU, distant de 40 kilomètres de Ouistreham. Une IRM coûte 1 million d’euros, un scanner, la moitié. Il faut de toutes manières une équipe de cinq ou six médecins pour rentabiliser un tel équipement, estimait la semaine dernière dans le JDD Philippe Morin, radiologue à Bayeux et président pour le Calvados de la Fédération nationale des médecins radiologues.

Aujourd’hui, l’activité du cabinet de radiologie (partagé avec un médecin généraliste spécialisé en échographie) est essentiellement constituée de radiographie générale et de dépistage du cancer du sein (2 000 patients par an). Et fin août, le matériel doit passer un contrôle technique annuel et le mammographe doit être remplacé. Coût : entre 60 et 100 000 euros.

« A mon âge et avec mon état de santé, inutile de rêver. Je n’aurai pas les crédits. S’il n’y a pas de repreneur, je serai obligé de fermer« , regrette le radiologue. Ce qui induit l’obligation de licencier les 6 personnes qui travaillent dans le cabinet, et mettre environ 80 000 euros sur la table, pour financer ces départs. Dans le JDD, le Dr Guilpin expliquait qu’un de ses confrères qui s’était trouvé dans cette situation avait été obligé de vendre sa maison pour dédommager ses employés.

« J’ai un peu de trésorerie, et je pourrai tirer environ 30 000 euros d’une ou deux machines. Cela devrait passer « , estime-t-il.  Il est propriétaire de ses murs, mais comme les locaux sont conçus pour la radiologie, un repreneur devra tout casser pour les réhabiliter en bureaux, ce qui en baissera d’autant le prix de vente.

 

« On est dans l’impasse »

Mais le Dr Guilpin a une autre récrimination : la démographie médicale. Les jeunes radiologues manquent, y compris au CHU, et la féminisation de la profession,  à l’entendre, n’arrange pas les choses.  « Il n’y avait pratiquement pas de femmes lorsque j’ai fait mes études. Elles avaient peur des rayons. Maintenant, il n’y a plus de risques et elles sont aussi nombreuses que les hommes. Mais elles veulent des horaires adaptés, ou même un temps partiel, ce qui fait que le compte n’y est pas. Il aurait fallu en tenir compte dans le calcul du numerus clausus de la spécialité« , s’agace-t-il.

Alors, le radiologue s’est fait une raison. Il a eu plusieurs visites, jeunes, femmes, Français, étrangers, mais aucune ne s’est favorablement conclue. Sauf, peut- être, une « touche », avec une consœur de 62 ans, exerçant en région parisienne mais qui possède une maison de vacances à Ouistreham dont elle aimerait bien se rapprocher. « Mais c’est la même chose, elle devra fermer son cabinet en région parisienne et licencier son personnel pour venir ici. Et dans cinq ans, elle sera à la retraite. » Pas dit qu’elle relève le challenge.

Le regret de Jean-Pierre Guilpin : ses patientes qui, il en est certain, ne se feront plus dépister si le cabinet ferme. « Faire de la route, attendre des heures… Elles ne le feront pas« , juge-t-il. A ses côtés, une manipulatrice radio du cabinet imagine déjà son avenir : un crédit sur la maison, de jeunes enfants et sans doute le chômage dans quelques mois. « Plus personne ne recrute dans le coin, c’est bouché. On est dans l’impasse. »

 

Source :
www.egora.fr
Auteur : Catherine le Borgne

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2017-06-08T12:00:40+00:00 8 juin 2017|EGORA news|0 Comments

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